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  • : Le blog de LucileG(43)
  • : Lecture et écriture : deux activités complémentaires qui permettent l'évasion et l'expression. L'objectif de ce blog est de faire connaître et de partager nos informations.
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  • Lucile Gauchers
  • Je me suis mise à l'écriture en Juillet 2008. Déjà parus aux éditions EDILIVRE : 
- À la lumière du pardon (2011)
- Destins - Au-delà des apparences (2012)
- Aimer à en perdre la raison (2015)
Ont suivi : En 2016 : Souffles de vies (éd. Abatos)  - La chanson de Karly (collectif LGO) - En 2017 : La dernière à rester et Piégé (auto-édition) - Déviances (éd. Abatos) - Tome 1 de l'album jeunesse : Les découvertes de Colin et de Coline (auto-édition). En mars 2018, le tome 2 : Les découvertes continuent avec Colin et Coline, et prochainement un petit recueil illustré de textes poétiques. Projets immédiats : terminer un roman commencé et les tomes 3 à 5 de l'album jeunesse. Autres projets  : deux romans (l'un en corrélation avec la Dernière à rester, l'autre une fiction historique en Haute-Loire, un troisième tiré d'une histoire). 
Grande lectrice de romans de société et de thrillers psychologiques, j'aime aussi la poésie et la musique.
  • Je me suis mise à l'écriture en Juillet 2008. Déjà parus aux éditions EDILIVRE : - À la lumière du pardon (2011) - Destins - Au-delà des apparences (2012) - Aimer à en perdre la raison (2015) Ont suivi : En 2016 : Souffles de vies (éd. Abatos) - La chanson de Karly (collectif LGO) - En 2017 : La dernière à rester et Piégé (auto-édition) - Déviances (éd. Abatos) - Tome 1 de l'album jeunesse : Les découvertes de Colin et de Coline (auto-édition). En mars 2018, le tome 2 : Les découvertes continuent avec Colin et Coline, et prochainement un petit recueil illustré de textes poétiques. Projets immédiats : terminer un roman commencé et les tomes 3 à 5 de l'album jeunesse. Autres projets : deux romans (l'un en corrélation avec la Dernière à rester, l'autre une fiction historique en Haute-Loire, un troisième tiré d'une histoire). Grande lectrice de romans de société et de thrillers psychologiques, j'aime aussi la poésie et la musique.

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 08:46

Difficile choix pour les téléspectateurs, hier soir samedi 3 décembre 2011 !

 

En effet, sur TF1 : l'élection en direct de Miss France, synonyme d'évasion - sites touristiques idylliques -, de beauté - toilettes, coiffures  et maquillage -, de faste, de lumière, de gloire... pour choisir la représentante de la France tout au long de l'année 2012, dans diverses manifestations... mais aussi de déception pour les candidates non sélectionnées, alors que se déroulait sur France 2, la soirée consacrée auTéléthon et à l'appel aux dons pour aider la recherche médicale.

 

Pourquoi choisir la même date ?

Pour être certain que les téléspectateurs se rendront disponibles en masse devant leur poste de télévision, au moins un weekend, avant la ruée dans les magasins pour effectuer leurs achats de fin d'année ? Et aussi pour que les salles de cinéma, les restaurants, et tout autre lieu de loisirs du samedi soir ne soient pas trop souvent désertés ?

 Pour mesurer l'audience et comparer les résultats entre les deux chaînes ? Baromètre, qui a remporté le meilleur taux d'écoute ce soir-là ?

 

La frivolité d'un côté... et un grave sujet de l'autre :

D'un côté, des jeunes filles bien portantes, bien proportionnées, radieuses, avec un sourire éblouissant, et un regard pétillant d'espoir à la pensée d'être l'élue !    

De l'autre, l'image d'enfants et d'adultes atteints par des maladies peu courantes et handicapantes, plaçant tout leur espoir dans la popularité d'hommes et de femmes qui font appel à la solidarité et à la générosité des citoyens dans le but de recueillir beaucoup d'argent destiné à la recherche médicale.

 

D'un côté, voir la réalisation d'un rêve impossible pour le plus grand nombre - des jeunes filles tout aussi belles et intelligentes, qui auraient certainement souhaité être à la place des candidates, ou qui ne sont pas adeptes de ce type de concours !

De l'autre, participer à la mesure de ses possibilités, et dans l'ombre, aux progrès de la médecine, pour diverses raisons telles que pur altruisme, compassion, mais aussi parce que dans l'entourage - familial ou amical -, des cas sont particulièrement émouvants, voire dramatiques.

 

Certes, il en faut pour tout le monde. Je ne me permettrais pas de juger les choix et les décisions. Cependant, j'ai lu ce matin dans le commentaire d'un internaute relatif à l'élection de Miss France, qu'il est "indécent" de faire côtoyer ces deux manifestations le même jour. Sa réflexion m'a interpellée, même si je considère ce terme un peu fort.

 

De quoi méditer en ce mois de décembre, avec la prochaine fête de la lumière partout en France - qui demande aussi beaucoup de moyens financiers -, avec les préparatifs coûteux des fêtes de fin d'année... mais aussi avec l'existence de nombreuses personnes exclues - manquant de ressources financières décentes, solitaires, malades... en quelque sorte les oubliées des classes moyennes et des nantis, car la crise économique, déjà plus difficile au quotidien pour elles, sera davantage mal vécue. Les associations caritatives locales savent bien que certaines familles préfèrent se confiner chez elles par dignité, ou n'osent pas se rendre dans les restaurants du coeur, et j'en passe...

 

La solidarité, la générosité, le partage, l'attention, l'écoute, la compréhension, la tolérance... sont affaire de tous, chaque jour, pas seulement lors de quelques journées médiatisées.

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 13:53

Né à Port-au-Prince en 1956, il vit aux USA de 1968 à 1975 avec sa mère divorcée. Issu de la bourgeoisie moyenne aisée par son père - avocat haïtien -, Lyonel Trouillot a libre accès à la bibliothèque paternelle. Ses lectures vont le conditionner. Il se plaît à dire que certains ouvrages l'ont "déniaisé", comme Les raisins de la colère, roman de John Steinbeck paru en 1939, dans lequel il découvre la pauvreté américaine.

 

Lyonel Trouillot est modeste ; en effet, bien qu'il ait à son actif une dizaine de romans, des recueils de poésie et d'essais, il préfère la définition de "citoyen haïtien qui écrit des livres" au "statut ambilieux d'écrivain"  !

 

En septembre 2011 parait La Belle Amour humaine (éd. Actes Sud). C'est à son compatriote Jacques-Stephen Alexis - victime des tontons macoutes (1) en 1961 -, qu'il a emprunté l'expression "la belle amour humaine". L'un des personnages de son récit pose la question "Ai-je fait un bon usage de ma présence au monde ?" et Lyonel Trouillot confirme : "Quand j'oublie la question, la réalité se charge de la poser".

 

Contrairement à Dany Laferrière (auteur rencontré au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo), qui place la littérature au-dessus de tout engagement, le romancier et poète haïtien estime que les intellectuels ont des responsabilités à assumer en dénonçant les injustices et les inégalités. Il porte un regard attentif aux autres, et c'est tout naturellement qu'il participe régulièrement à ce festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo.

 

En dehors de la bibliothèque de son père, c'est sa mère - fervente catholique - qui lui a transmis ce qu'il nomme "l'art de la disponibilité"  aux autres.

 

Son enfance a été "marquée par les chuchotements", sous le régime de terreur de Duvalier père. Pourtant, l'étudiant de 19 ans choisit de revenir vivre à Port-au-Prince, un choix politique décisif : "Je suis rentré à l'heure où Duvalier fils érigeait en système l'injustice économique et sociale. Sans parler de l'ouverture d'Haïti aux dérives de la dépendance."

 

La colère l'emporte sur sa douceur habituelle, quand, après le tremblement de terre qui a secoué l'île en 2010, il voit déferler les ONG. Il n'hésite pas à dénoncer cette reconstruction qui ne saurait s'engager "sans la confiance et le respect dus au peuple haïtien." Dans son ouvrage Refonder Haïti ? paru en Janvier 2011 (éd. Mémoires d'encrier), Lyonel Trouillot (avec d'autres intellectuels) a donné ainsi des pistes pour sortir avant tout des préjugés d'origine sociale et raciale.

 

Aujourd'hui, l'écrivain ne cesse d'enseigner la littérature pour une "nécessaire transmission". Il a baptisé du nom de sa mère le centre culturel ouvert récemment à Port-au-Prince, dans le quartier populaire de Delmas, où les enfants pauvres peuvent bénéficier d'une aide aux devoirs et de l'accès à une vaste bibliothèque dotée de 5000 livres.

 

Je terminerai par cette confidence de Lyonel Trouillot : "Comment être heureux quand le malheur est en si bonne santé dans le monde ? Puisque l'autre appartient à la même espèce que moi, je ne peux penser mon équilibre sans un dialogue avec lui."

 

 

Article de Lucile Gauchers, d'après les propos recueillis par Marie Chaudey dans l'hebdomadaire chrétien d'actualité n° 3446 (15 au 21.09.2011)

 

 

 

(1) Nom donné aux membres de la milice paramilitaire de François et Jean-Claude Duvalier - les Volontaires de la Sécurité Nationale (VSN).

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 11:32

À Arras, à deux pas du centre-ville, une ancienne clinique désaffectée vient d'être transformée en "maison du vivre ensemble" sous l'impulsion de l'office d'HLM local : Pas-de-Calais Habitat, d'associations et d'élus locaux.

 

 Un objectif noble du bailleur social : tisser des liens entre les populations qui s'ignorent.

- L'îlot Bonsecours a accueilli progressivement une centaine de personnes dans des appartements rénovés à neuf. Se côtoient des familles avec enfants, attirées par la crèche installée au rez-de-chaussée, des cadres aux revenus élevés, mais aussi des personnes âgées encore valides et aux ressources plus modestes, enfin une douzaine de jeunes trisomiques qui, pour la plupart, étaient encore chez leurs parents.

- Deux jeunes filles porteuses de ce handicap, Céline et Sophie, ont décidé d'emménager en colocation dans un T3 lumineux de la résidence Bonsecours.

Sophie (21 ans) prépare les menus que sa mère compose et affiche dans leur cuisine. Quant à Céline, elle a apporté sa collection d'abécédaires qu'elle avait brodés et qu'elle a exposés sur les murs en guise de décoration. Il faut dire que Céline excelle en couture et en repassage ! Ainsi la jeune fille propose-t-elle ses services dans la résidence, rémunérés en chèque emploi-service.

- Marjorie "animatrice intergénérationnelle" soutient la tenue d'une boutique au rez-de-chaussée, dans laquelle des résidents handicapés vont, à tour de rôle, proposer à leurs voisins du pain frais et des denrées de base. Janine, une retraitée qui a emménagé le 1er mai 2011, donne son témoignage : "Je suis ravie. J'avais choisi cette résidence pour les commodités, mais je ne voulais pas rester seulement entre gens de mon âge. Je n'avais jamais eu de contact avec des personnes trisomiques auparavant. Un après-midi, Sophie a sonné à ma porte, et nous avons sympathisé. Depuis, on se retrouve régulièrement." Chaque vendredi à 16 h, Janine et Geneviève (une autre locataire) descendent au rez-de-chaussée, lire des histoires aux enfants de la crèche d'entreprise.

 

Une idée novatrice : créer "un lieu de vie où chacun a sa place, même le plus fragile"

explique Emmanuel Laloux, président de l'association Down Up - partenaire du projet. Il ajoute : "Dans les établissements et les foyers spécialisés, nos enfants restent trop souvent entre eux et ont du mal à progresser. Nous voulons les tirer vers le haut - "Up" -, et, pour cela, nous devons tous réapprendre à vivre ensemble."

Emmanuel Laloux a créé en 2010 le collectif Les Amis d'Eléonore, qui regroupe une trentaine d'associations de familles afin, dit-il de "lutter contre la stigmatisation liée à ce handicap. Nos enfants peuvent vivre et travailler dans la société, à condition qu'on leur fasse une place. D'un point de vue économique, c'est d'ailleurs beaucoup plus rentable pour l'Etat que de les prendre en charge." Sa fille Eléonore vient elle-aussi de s'installer dans un studio de l'îlot Bonsecours. Elle avoue : "Au début, j'appréhendais de vivre seule, mais, aujourd'hui, ça va mieux, je me sens libre et indépendante."

 

Une forte implication du bailleur social qui, pour renforcer la sécurité et les liens entre habitants, va équiper chaque logement d'une tablette numérique afin de connecter les locataires entre eux et à un réseau d'aides extérieures (numéros d'urgence, portage de repas à domicile...), et pour les jeunes trisomiques de rester en contact avec leurs parents qui pourront ainsi plus facilement veiller sur eux."

 

Un projet d'envergure pour ces jeunes personnes trisomiques, dont les parents restent quand même très présents. Alain Gabé, le père de Stéphanie, membre de l'association Down Up, confie que, pour ces jeunes handicapés, ce premier pas vers l'autonomie et l'indépendance, hors de la maison familiale, est "un moment délicat, mais qui est la suite logique de nos choix éducatifs."


Deux chercheurs en sciences sociales vont évaluer l'expérience en s'installant pendant un an à la résidence. Comme l'explique Laurent Dal de Pas-de-Calais Habitat : "en travaillant sur le vivre ensemble et l'intergénération, on s'est aperçus que d'autres pays avaient pris de l'avance, notamment le Québec. D'où l'idée de proposer un partenariat aux deux universités d'Arras et de Montréal, afin d'étudier le fonctionnement de l'îlot et son intégration dans la ville."


 

 

Alors, trisomiques ? Oui, mais avec des compétences réelles pour certains. Le problème majeur, Alain Gabé le rappelle ci-après  : "[...]  Et la plupart gagnent leur vie, même s'ils travaillent à un rythme adapté, car ils sont fatigables." Les employeurs doivent en tenir compte.

 

Espérons que la semaine de sensibilisation de l'emploi pour les handicapés saura interpeller des recruteurs.

 

 

Article de Lucile Gauchers, d'après les propos recueillis par Claire Legris pour l'hebdomadaire La Vie (n° 3446 - Cf. précédent article)

 

 

 

 


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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 10:17

Le collectif Les Amis d'Eléonore a fait publier un livre Supplément d'âme dans lequel une dizaine de personnes trisomiques témoignent de leur quotidien pour combattre les préjugés. Elles avaient déjà, avec leurs parents, alerté les politiques sur les risques d'une généralisation du dépistage de la trisomie pendant la grossesse et lors des fécondations in vitro. En effet, selon elles, ce dépistage devrait relever d'un choix personnel pour permettre aux futurs parents de prendre une décision, en leur âme et conscience. "[...] À force de  systématiser le dépistage, on donne aux couples une représentation horrible de la trisomie, loin de la réalité."

 

Avec cet ouvrage Supplément d'âme (j'aime beaucoup le titre !), le collectif souhaite "changer les regards posés sur les personnes porteuses de trisomie." Certes, avec des vies quotidiennes différentes et fragiles, mais surtout surprenantes dans notre société trop sensible à la norme et à la performance, ces témoignages révèlent que la vie des personnes trisomiques ne se limite pas à un handicap. Rassemblés dans ce livre, ces témoignages font porter un autre regard sur ce handicap ; quelques portraits résumés ci-dessous le confirment. D'ailleurs la philosophe Danielle Moyse témoigne également dans cet ouvrage. Elle est auteure de Handicap : pour une révolution du regard (éd. Presses universitaires de Grenoble).

 

1.- Eléonore Laloux (24 ans) est passionnée de rock et joue de la guitare électrique ! Par un combat permanent de ses parents, elle a pu être scolarisée en milieu ordinaire, de la maternelle au lycée, où elle a appris à s'affirmer.

 

2.- Stéphanie Gabé (24 ans) a la passion des livres. Ses préférés sont Harry Potter, Narnia et Le Petit Nicolas. Elle a la chance de travailler à la bibliothèque municipale de Beaurains.

 

3.- Fabien Lefebvre apprend, quant à lui, l'art du cirque sous le chapiteau installé au sud d'Arras. Il manie aisément le trapèze, le jonglage et la marche sur échasses. Oups !... De quoi prendre de la graine. Si son corps est dompté, ses difficultés résident dans le langage. Enfant adopté, il a été choisi par ses futurs parents parce qu'il était trisomique. Virginie, sa mère adoptive, dit une très belle chose : "C'est à nous, parents, de chercher les chemins qui conviennent le mieux à l'enfant et de l'accompagner. Quelquefois, une personne bloque le passage, faute de connaissance du handicap. Il faut alors plus de temps, mais, au bout du compte, ces rencontres humaines sont enrichissantes pour tous."

 

4.- À 62 ans, Jean-Paul Cailleret est un retraité heureux. Façonnier en papeterie dans les centres d'aide par le travail de Beuvry puis de Ruitz, il a maintenant tourné la page. Au  foyer d'hébergement où il réside - Au Nid du Moulin de Gosnay -, il savoure les joies de la retraite : jardinage, club de pétanque du village... La charte du foyer est très significative d'un nouveau regard sur le handicap : "La personne handicapée est faite pour vivre en relation. Pour se construire et grandir, il lui est nécessaire d'aimer et d'être aimé, d'être accueillie dans sa différence."

 

5.- Robin Sévette, comédien poète. À 20 ans, Robin se sent plus fort, protégé quand il est sur scène. Envolée sa timidité ! Oublié son handicap ! Au collège, il avait intégré à 15 ans une classe théâtre. Cependant, ne pouvant pas poursuivre dans cette voie au Conservatoire d'art dramatique d'Arras, il s'est tourné vers la compagnie Mops-DanceSyndrome de la chorégraphe Ela Franscella qui anime une jeune troupe suisse composée de danseurs trisomiques. Tout en poursuivant ses études dans un lycée professionnel, Robin participe, avec la Maison de la Poésie de Beuvry, aux "brigades d'interventions poétiques" dans les écoles : "On entre dans une classe, on déclame un poème et on s'en va" explique-t-il. Les thèmes favoris de sa poésie : la liberté, l'imaginaire, le droit à la différence...

 

L'orthophoniste de Fabien Lefebvre attribue le bonheur de son patient au "milieu aimant et stimulant dans lequel il s'épanouit."

 

Cette affirmation vaut pour tout le monde, mais plus particulièrement pour les êtres fragilisés par un handicap, quel qu'il soit !

 

 

Article de Lucile Gauchers d'après les propos recueillis par Claire Legros pour l'hebdomadaire chrétien d'actualité La Vie  n° 3446 du 15 au 21.09.2011.


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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 13:19

Bernadette Puijalon fut, à son époque, l'une des rares étudiantes à s'intéresser au problème de la vieillesse chez l'homme. Trente ans avant la canicule de l'été 2003, elle rédigeait sa thèse d'anthropologie sur l'avancée en âge et la dépendance.

 

Née en 1951, Bernadette Puijalon est donc de ma génération. Pourtant, pendant qu'au même âge, mon intérêt se tournait vers le développement de l'enfant et l'enseignement primaire, elle se penchait sur l'adulte vieillissant. Elle fut une élève de Louis-Vincent Thomas - né le 2o mai 1922 et mort le 22 janvier 1994 -, anthropologue, spécialiste de l'Afrique, et fondateur de la Société française de thanatologie (1).

 

Dès 1977, elle est anthropologue à l'université Paris-Est-Créteil, et donne encore aujourd'hui un cours sur "l'âge". Elle dirige un master pour les professionnels de la gérontologie.

 

Comment Bernadette Puijalon est-elle passée de l'anthropologie au roman ?

 

Elle a tiré ses matériaux des récits recueillis auprès de ses parents et d'amis âgés, dans les maisons de retraite, ainsi qu'au cours de veillées dans sa campagne natale - car Bernadette est issue d'une lignée de paysans auvergnats. Chaque histoire de vie ainsi écoutée est venue alimenter ses polars. Oui, vous avez bien lu ! Bernadette Puijalon écrit aussi des romans policiers. Son principal héros est un vieillard de la fin du XIXème siècle, plein de bon sens, qui résout avec son ami - un jeune paysan venu du Limousin -, des meurtres perpétrés en Auvergne. Elle en profite pour dénoncer l'idée que les vieux étaient mieux traités avant : "C'est faux ! Il y avait cohabitation, mais pas spontanément harmonieuse. Les relations privées et publiques entre les générations ont toujours été conflictuelles."

 

Pour Bernadette Puijalon, "Vieillir, c'est devenir moins étranger à soi-même." Elle affirme d'ailleurs : "En racontant la façon dont ils ont traversé l'existence, les gens donnent eux-mêmes du sens à leur vie et avancent en intériorité. [...]"

 

Bernadette Puijalon n'aime pas l'expression bien vieillir. Pour elle, "Bien vieillir, c'est ne pas vieillir ! Et ceux qui ne vieillissent pas bien, qu'est-ce qu'on en fait ?"

 

Quand elle rencontre Edgar Morin (2), ce dernier a alors soixante-dix ans. Il lui a dit une très belle chose : que "chacun porte en soi l'ensemble de tous les âges : le meilleur du petit garçon qu'on a été, du jeune homme, du père de famille, puis du vieillard qu'on est devenu." Cette définition a marqué Bernadette Puijalon au point de la faire adhérer à cette pensée : "J'aime cette idée d'un dialogue entre nos personnages intérieurs, l'enfant, l'adulte, et le vieux que nous serons un jour."

 

Pour moi, je pense que la peur de vieillir - qu'elle soit consciente ou non -, est ancrée en chacun de nous. Sachons l'apprivoiser... pour pouvoir profiter pleinement du moment présent, quel que soit notre âge !

 

Article de Lucile Gauchers d'après les propos recueillis par Dominique Fonlupt pour l'hebdomadaire chrétien d'actualité La Vie [n° 3448 du 29/09 au 05/10/2011]

 

(1) Thanatologie : science de la mort par l'étude des signes, des conditions, des causes et de la nature de la mort. De Thanatos (myth. gr.) Dieu de la Mort, fils de la nuit (Nyx) et frère d'Hypnos.

(2) De son vrai nom Edgar Nahoum né à Paris le 8 juillet 1921, sociologue et philosophe français.

 

Bibliographie de Bernadette Puijalon :

Un essai Le droit de vieillir écrit avec Jacqueline Trincaz, anthropologue et sociologue.

[éditions Fayard - Février 2000]

Un autre essai à venir La vie et je suis vieux.

Ses romans policiers :

L'Oeil du vivier [éd. Tisserand Gérard - Décembre 2001]

Le Moulin des retrouvailles [éd. Tisserand Gérard - Octobre 2002] Prix du roman d'Auvergne

Un parfum de gentiane [éd. Tisserand Gérard - Octobre 2004]

L'heure de l'alouette [éd. De Borée - Mai 2006]

Des monts de tempête [éd. De Borée - Octobre 2008]

Le loup d'Orcival [éd. De Borée - Mai 2011]

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 18:12

Pari tenu par Jean-Paul Mongin, jeune philosophe né en 1979 à Auxerre.

 

Jean-Paul Mongin est catholique, spécialiste de philosophie allemande, et ... un jeune éditeur de 32 ans !

 

En 2010, il a créé Les Petits Platons et signé les cinq premiers albums de sa collection.

 

Son ambition : faire entrer les enfants dans le monde des "grands penseurs".

 

Actuellement, dix titres sont déjà parus, dont : Le Malin Génie de monsieur Descartes, La mort du divin Socrate, Le Fantôme de Karl Marx ..., et le plus surprenant La confession de Saint Augustin, Le Oui de Paul Ricoeur, et prochainement un Denys, l'Aréopagite, un père grec de l'Eglise.  

 

Ses Petits Platons sont déjà traduits en langue japonaise, italienne et turque, et séduisent de plus en plus dans le monde entier !

 

Le parcours de Jean-Paul Mongin est étonnant : sa passion pour la philosophie, il la doit à son professeur Guy Lardreau "un athée catholique" comme il se définissait, qui parvient à réconcilier chez son élève la foi et la raison !

 

Jean-Paul Mongin affirme "Je ne connais pas de philosophe dont la vocation n'ait été suscitée par un maître" et "De l'Eglise ... Seuls mes grands-parents ..., avaient semé quelques grains", ces derniers ayant aussi offert à leur petit-fils un voyage en Terre Sainte. Jean-Paul Mongin en est revenu bouleversé et a décidé d'approfondir la question théologique à Paris, à la Catho, puis avec Even - l'école de la foi du prêtre Alexis Leproux.

 

Il obtient son DEA de philosophie. Pourtant c'est en entreprise qu'il fait ses premiers pas professionnels en tant que commercial à Unilever, ce qui explique sans doute son projet audacieux de créer sa propre maison d'édition.

 

Pour tenter les 8-15 ans, son idée est de raconter une histoire en adaptant la biographie de penseurs comme Kant, Leibniz, Ricoeur ..., ainsi que les mythes qui jalonnent leurs écrits.

 

Pour Jean-Paul Mongin, "on ne peut pas faire de philosophie en évacuant la question du divin". Pour lui, Dieu est présent chez Marx ou Nietzsche, et il affirme qu' "Une grande partie de la pensée occidentale s'est construite dans le giron ou dans l'opposition au christianisme".

 

Viennent de paraître les onzième et douzième Petits Platons : Socrate est amoureux et Visite d'un jeune libertin à Blaise Pascal. En novembre 2011, paraîtra Denys l'Aréopagite et le dieu inconnu.

 

À Lille, début octobre, Jean-Paul Mongin devait aussi animer deux ateliers philo, pour les 8-13 ans et leurs parents, et un autre pour les plus de 14 ans.

 

Pour conclure cet article, une dernière pensée de Jean-Paul Mongin : "Penser par soi-même, cela ne veut pas dire penser tout seul".

 

De Lucile Gauchers

Propos recueillis dans l'hebdomadaire chrétien d'actualité LA VIE n° 3447 du 22 au 28 septembre 2011.

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 15:22

Bellevue-La Montagne, le 7 août 2011

 

Dans ce magnifique cadre de la Haute-Loire, je suis allée faire un petit tour au salon du livre reçu dans la salle polyvalente, qui accueillait aussi des peintures, des photographies, des sculptures et un atelier de généalogie. D'autres expositions étaient aussi proposées aux visiteurs : dentelle, tapis à histoires, diaporama de cartes postales.


Des activités diverses avaient été organisées ; à l'école, des ateliers-découvertes : papier à la colle, origami, enluminure et mosaïque, ainsi que deux spectacles au presbytère : "La fileuse de mots" ( le petit théâtre de Danièle Nicolas) et "Mon copain Gargantua" (Conte gigantesque).

 

Cette manifestation culturelle initiée par l'association "Lecture au château" a bénéficié de nombreux partenariats : la commune de Bellevue, l'office de tourisme des Portes d'Auvergne, le conseil général de la Haute-Loire, la bibliothèque départementale de la Haute-Loire, la librairie Nuggets, des éditeurs (éditions Jeanne d'Arc, éditions du Roure), des journaux et magazines : L'éveil de la Haute-Loire, La Montagne, La Tribune, Renouveau, Sortir, Strada La vie d'ici, jusqu'à Radio Craponne et l'association "Lire et Faire Lire".

 

La majorité des écrivains venaient du département de la Haute-Loire, mais quelques uns des Alpes Maritimes, de la Loire, du Puy-de-Dôme, du Rhône, de la Savoie, de la Seine et Marne et même de Paris. Elise Fischer, quant à elle, venait de Lorraine et était l'invitée d'honneur.

 

J'ai pu revoir Marie Garnier, auteure de Le Nid des papillons  et de Je suis vendeur mais je me soigne (Editions Baudelaire - Lyon). Je tiens à souligner la présence de Pascal Budinek qui illustre par de très beaux dessins, les histoires pour enfants écrites par son épouse : Les mésaventures de Sautenette (sur le thème de la solidarité) et De délicats petits cochons (sur le thème de la différence).

 

Cette fois, j'étais du côté des visiteurs et non des exposants ! Encore des livres acquis - le dernier de Marie Garnier, et ceux de M. et Mme Budinek pour mes petits-enfants.

 


 


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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 14:03

Hommage à Georges Brassens

À l'âge de soixante ans, Georges Brassens nous quittait à Saint-Gély-du-Fesc (Hérault), le 29 octobre 1981. C'était bien jeune, et il avait encore tant à nous apporter ! Cependant, malgré sa disparition, Georges est toujours aussi présent dans nos vies - dans nos coeurs et dans nos esprits ! Cette belle et simple expression de l'art qu'est la chanson populaire l'aura immortalisé !

 

Trente ans après, qui ne le connaît pas ? Même les jeunes générations écoutent et apprécient ses chansons, les fredonnent, planchent même sur certaines paroles données en devoir de français par des professeurs qui admirent le poète qu'il était. Quelle belle reconnaissance !

 

Georges est né d'une mère italienne et d'un père - simple artisan du bâtiment. Enfant aimé et choyé, il a construit un espace de bonheur pour tous ceux qui ont accepté sa façon d'être et de s'exprimer. En effet, il se présentait comme "un poète mineur", "un faiseur de chansons", qui donne quelques minutes de bonheur à ceux qui l'aiment. Dans ses dires, il a même associé Jean Ferrat, lors d'un débat télévisé en 1969. Quelle modestie ! 

 

Georges Brassens affirmait : "Mes chansons sont à tout le monde, elles sont faites pour être chantées". Que de leçons à tirer de sa spontanéité, sans prétention et sans calcul ! Il avait du mal aussi à définir "son art". Poésie ? Musique ? Chant ? Pour lui, ces termes étaient encore insuffisants? Alors quel autre mot pour le définir ?

 

Son oeuvre - s'il l'on peut qualifier son mode d'expression ainsi -, se compose de 197 chansons écrites :

  • 139 qu'il a interprétées,
  •   30 posthumes chantées par son ami Jean Bertola,
  •   11 composées pour d'autres chanteurs,
  •     3 qui n'ont jamais été enregistrées,
  •   14 textes qui n'ont pas reçu de musique.

 

Georges Brassens avait un grand sens de l'amitié. En s'adressant à Jean Ferrat, il lui disait qu'  "Un ami, on le prend en entier". Tolérant - sans condescendance -, il respectait chez autrui tout ce qui faisait sa personnalité - ce que l'on aime comme son contraire ! Pour Georges, les gens changent au fil du temps et au gré des événements, mais la véritable amitié, elle, demeure ! Georges restait fidèle à ses amis, même quand il ne les voyait plus.

 

Georges Brassens admirait Victor Hugo, même s'il n'était pas toujours d'accord avec lui. Georges aimait son pays, la France, sans pour autant "se vouloir patriote" ! Son talent a franchi de nombreuses frontières : Espagne, Japon, Russie, partout où l'être humain se fiche du regard "des passants honnêtes" - respirant ainsi un  "air de liberté" !

 

Alors, même si nous ne le voyons plus, continuons à lui être fidèles, en écoutant et fredonnant les inoubliables paroles de ses chansons.

 

Article rédigé par Lucile Gauchers

d'après un texte de Yvon Huet - Vie nouvelle n° 164, août/septembre 2011.

Pour en savoir plus :

- Exposition Brassens ou la liberté, jusqu'au 21 août 2011 à Paris, à la Cité de laMmusique de La Villette.

- Le livre Brassens ou la liberté, aux éditions Dargaud, mars 2011 (39 €).

- Brassens, au bois de son coeur, 30 ans de chansons, éditions Didier Carpentier (29 €).

- Les amis de Brassens, avec Bruno Garnier : www.les-amis-de-brassens.fr

 

 

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 16:38

Je ne connais pas Emmanuel Fouquet et ne l'ai pas rencontré moi-même ! Cependant, j'ai apprécié d'apprendre qui il est et ce qu'il fait.

Je vous fais partager ce que j'ai lu à son sujet.

Avant d'être un adaptateur pour le cinéma - métier qui consiste à "traduire" en français les dialogues de films étrangers dont il a fait son activité professionnelle -,  Emmanuel Fouquet est d'abord un poète. Il a commencé à composer des poèmes dès l'âge de quatorze ans, et cinq ans plus tard il publie son premier recueil. C'est lors d'une rencontre dans le milieu de la création littéraire que Michel Trouillet - que le hasard met sur son chemin -, lui propose de travailler pour la "synchro".

 

Homme de paroles et de dialogues, Emmanuel Fouquet explique, lors d'une rencontre avec Pierre Corneloup, journaliste, en quoi consiste ce métier :

 

1) Le repérage

Ce premier travail était autrefois confié à des "détecteurs". Il consiste à inscrire au crayon, sur la bande de rhodoïd (1), des repères tels que plan de coupe, ouverture et fermeture de bouche des acteurs, soupirs ... jusqu'à la longueur des baisers ! Ces inscriptions doivent correspondre avec précision au défilement de l'image projetée sur un écran placé au-dessus des deux grosses bobines (machine fabriquée à Epinay par Guy Desdames).

2) Sculpture du texte

Il s'agit du travail d'adaptation des paroles qu'il repère en traçant des inscriptions sur la bande de rhodoïd. L'acteur aura sous les yeux la bande manuscrite pour le doublage. Des indications supplémentaires apportent des précisions aux dialogues ainsi traduits, telles que la forme de l'écriture, la zone plus ou moins longue, la grosseur donnée à certaines lettres ou parties de mots.

3) Exemple de traduction

Les répliques de Woody Allen sont bourrées de jeux de mots intraduisibles qui obligent les traducteurs à en inventer d'autres en français. Cependant ces mots français doivent "rentrer en bouche"* de l'acteur (*en jargon du métier), c'est-à-dire qu'ils doivent s'inscrire dans le temps de parole et correspondre aux mouvements des lèvres du comédien doublé.

4) Autres obligations

- Connaître et comprendre la discipline professionnelle ou sportive dont parle le film à traduire, à l'aide de dictionnaires appropriés, jusqu'aux coups de fil donnés parfois aux fédérations sportives concernées pour obtenir de plus amples précisions lorsque le personnage est un champion sportif, ou bien à des amis médecins pour la préparation, par exemple, du doublage de la série Urgences !

- Veiller aussi à respecter le rang social des personnages pour que la traduction soit la plus adéquate possible, comme par exemple : "I don't know", prononcé par un Lord anglais, en remplaçant la traduction littérale "J'sais pas" par "Je l'ignore" !...

5) Le travail se poursuit dans le studio d'enregistrement du doublage

Le comédien cale ses paroles à l'image projetée, en lisant la bande manuscrite réalisée auparavant. Emmanuel a souvent en tête le visage d'un acteur précis lorsqu'il effectue l'adaptation d'un film. Il écrit en pensant à ce comédien (ou comédienne) et le propose même à la production. C'est d'ailleurs souvent son choix qui prévaut.

6) Qualification de la profession

Traduire les dialogues de films étrangers en français devient donc un véritable travail de réécriture - presque une re-création. D'ailleurs la SACEM - interlocuteur "historique" car le premier apport en image fut la musique au temps du cinéma muet -, donne la qualification d'auteur à ce métier. La rémunération est basée sur des forfaits : quinze jours pour l'adaptation d'un film ; un mois pour un "grand film". De plus, en tant qu'auteur, des droits lui sont versés à chaque rediffusion.

7) Juste récompense

Pour Emmanuel Fouquet, ce serait justice de créer un César du "meilleur adaptateur" - il existe bien un Molière de l'adaptation théâtrale ! Mais pour l'instant, le nom de l'adaptateur figure quelquefois au générique - certes en toutes petites lettres et en fin de liste !

 

 

Article de Lucile Gauchers d'après les propos recueillis par Pierre Corneloup - Magazine "Vie nouvelle" n° 164 - août/septembre 2011.

 

J'espère que ce portrait d'Emmanuel Fouquet, poète et adaptateur de films, vous aura intéressé.

 

 

 

 

 

 

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 15:47
Courrier des éditions Jacques Flament :
"UN TRAIN BONDÉ…
Beau succès pour ce deuxième opus de Leitmotive : 119 textes reçus contre 65 pour l'opus 1. 
C'est dire si la sélection sera de nouveau sévère, seulement 20 textes étant retenus pour le recueil. 
Par avance, nous rappelons à ceux qui n'auront pas été sélectionnés, que tout choix, dans ce genre de concours, est toujours subjectif (même s'il vise à être le plus impartial possible) et ne prétend aucunement être le reflet fidèle de la qualité des textes en concurrence.
Un grand nombre de ces textes traitent de déportation (comme il fallait s'y attendre avec les phrases initiales) mais pas mal d'auteurs ont pris des voies (ferrées !) différentes et parfois totalement inattendues.
Sélection définitive vers le premier août 2011 dont nous vous tiendrons informé au plus tôt, bien évidemment.
Très cordialement.


Et voilà, le résultat du concours de nouvelles est connu depuis hier !

Au lieu de sélectionner vingt textes, les éditions Jacques Flament ont décidé d'en faire paraître vingt-huit : treize sur le thème de la déportation et quinze nouvelles concernant les trains, puisque le thème des deux premières phrases évoquait  un trajet (ou voyage) effectué dans un train bondé.

 

Mon texte que j'ai intitulé Un voyage mouvementé - donc qui ne traitait pas de la déportation -, n'a pas été classé dans les quinze premières nouvelles. Il est vrai que je l'ai écrite en utilisant un ton humoristique. Quoi qu'il en soit, et au risque de me répéter, participer à des concours est un excellent exercice, le plus important étant de donner le meilleur de soi et de s'améliorer sans cesse. 

 

Je joins un extrait du courriel reçu le 31 juillet :

 

"À sujet exceptionnel, réponse exceptionnelle.
Nous ne nous attendions pas à une telle quantité de textes traitant de la déportation, sujet sensible, douloureux, toujours très présent dans la mémoire collective.
Et même s'il fallut faire un choix très sélectif, nous avons estimé que certains d'entre eux ne pouvaient décidément pas finir dans les archives de JFE.
Ainsi, nous avons décidé que 13 des textes concernant ce seul sujet seraient publiés.
Encore ne fallait-il pas pour autant défavoriser ceux qui avaient choisi d'autres voies !
Et nous avons donc pris le parti de modifier légèrement la règle officieusement définie en publiant 28 textes au lieu des 20 textes prévus initialement, présentés en deux parties distinctes afin d'éviter les amalgames malvenus avec un sujet aussi délicat : 13 textes dans une première partie réservée à la déportation au sens large du terme, 15 textes pour les autres sujets, qui ne sont pas pour autant moins dignes d'intérêt.

.../...


Une nouvelle fois, un choix difficile qui, bien entendu, ravira certains et décevra d'autres, mais c'était la règle du jeu et un peu moins d'un quart des textes envoyés figureront dans le recueil collectif.
Vous trouverez ci-dessous la liste de ces vingt-nouvelles et le nom de leurs auteur(e)s.
Nous contacterons très prochainement, par courrier électronique, les auteur(e)s sélectionnés afin de leur soumettre le bon à tirer de leur texte et le contrat d'édition s'y rapportant, qu'ils devront impérativement nous retourner avant le premier septembre."
.../...


Ci-après ma nouvelle, comme promis :

 

Un voyage mouvementé  

  

  

Fatigués de lutter contre les forces d’inertie, nous roulions soudés vers la nuit, subissant l’odeur aigre des corps entremêlés. Le bruit sourd et saccadé de l’acier sur les rails étouffait les soupirs. 

  

En rase campagne, le train s’arrêta pour la énième fois, ce qui me tira de ma somnolence. Que se passait-il encore ? Aucune explication, rien. Quelques regards se croisèrent, interrogateurs, mais personne n’avait de réponse. Après un temps qui me parut interminable, le wagon s’ébranla de nouveau, nous laissant perplexes, du moins ceux qui étaient à présent totalement réveillés.  

  

Le long weekend de Noël s’annonçait vraiment mal ! Comment en étions-nous arrivés là... ? 

  

Le train que j’avais pris en fin de matinée était bondé depuis que les voyageurs d’un autre corail, resté en rade en raison d’une panne survenue en fin d’après-midi, avaient grimpé dans le nôtre, avec « armes et bagages », afin de poursuivre leur voyage. L’information nous avait été communiquée directement par ces usagers malchanceux des chemins de fer. En effet, cette vénérable institution qu’est la Société nationale des chemins de fer restait, comme bien souvent, étrangement muette face à nos questions pourtant légitimes. Un arrêt impromptu dans une gare – ce qui me contraria fort, car j’avais veillé à prendre un train direct -, avait alors permis à cette marée humaine d’envahir notre espace roulant, déjà restreint. 

  

Mon voyage, qui s’annonçait si plaisant au départ, avait viré au cauchemar ! Dès la montée de cette horde de voyageurs – pressés, comme la plupart d’entre nous, d’arriver à destination, et à temps, pour passer les fêtes en famille –, toutes les émotions possibles et imaginables s’exprimèrent dans une cacophonie assourdissante. Des pleurs de bébés perturbés ; des chamailleries d’enfants surexcités ; des gronderies de parents excédés ; des jérémiades à n’en plus finir ; des soupirs de résignation ; et parfois, ô miracle, des éclats de rire, rires nerveux néanmoins, car il n’y avait vraiment rien de risible dans leur situation !

 

Le train avait pris beaucoup de retard, à double titre. Outre le temps nécessaire passé dans la gare pour permettre le transfert des « sinistrés », auquel s’était ajoutée l’attente du nouveau départ, la locomotive avait dû, pour une obscure raison, réduire considérablement sa vitesse. Aussi, au lieu de gagner vers vingt-trois heures notre destination finale, nous allions sûrement passer une bonne partie de la nuit dans ce train. Je n’osais imaginer la réaction de nos proches, qui, le regard rivé sur le tableau des horaires d’arrivée, devaient recevoir l’information avec incrédulité !

 

Quelle ironie ! Moi, qui fut si heureux d’avoir encore pu attraper au vol ce train direct, muni d’un roman policier que je m’étais fait une joie de dévorer pendant le trajet. C’était fichu à présent ! Le polar attendrait...

 

Entassés comme nous l’étions, la promiscuité s’était avérée, au fil des heures, de plus en plus insupportable. Des odeurs corporelles diverses venaient chatouiller désagréablement nos narines : mélange d’eaux de toilette et de lotions après-rasage qui avaient viré ; odeurs d’aisselles en nage, de pieds échappés de leurs chaussures, de couches de bébés souillées, d’haleine fétides ou chargées des relents du dernier repas, sans compter les effluves de victuailles diverses, sorties des sacs en début de soirée. C’était écœurant !

 

Et que dire des conditions physiques ! Le moindre mouvement relevait de l’exploit. Les postérieurs s’ankylosaient, écrasés sur les sièges inconfortables ; des fourmillements s’infiltraient dans nos membres inférieurs ; le plus petit changement de posture dérangeait grandement les voisins les plus proches, qui, eux aussi, tentaient d’adopter une nouvelle position un peu plus confortable, en tirant de leur torpeur ceux qui parvenaient à se résigner. De temps en temps, des quintes de toux venaient s’ajouter aux bruissements des étoffes et des frottements, rompant par moments furtifs le silence pesant qui s’instaurait progressivement.

 

Pendant combien de temps encore allions-nous supporter stoïquement ce cortège d’odeurs nauséabondes, de bruits discordants et d’inconfort physique ?

 

Au tout début, quelques voyageurs avaient pris les choses avec dérision. À un moment donné, j’entendis une voix clamer tout haut : « Les voyages forment la jeunesse ! »  La réponse qui s’ensuivit ne se fit pas attendre : « Alors, je suis en pleine formation ! », et provoqua l’hilarité des passagers les plus proches. Elle émanait d’une jeune étudiante dont l’humour ne s’était pas encore émoussé !

 

D’autres, au contraire, fulminèrent contre la Société des chemins de fer et répétèrent, à qui voulut l’entendre, qu’elle aurait dû s’assurer, en cette période de fin d’année et de forte affluence, du bon fonctionnement de tous ses trains.

 

Les contrôleurs, débordés, n’avaient cessé de se déplacer, tant bien que mal, de voiture en voiture, enjambant les bagages amoncelés ici et là, subissant la mauvaise humeur des uns, les interrogations dubitatives des autres, et devenant rapidement l’exutoire de notre exaspération croissante face à ce désastreux voyage.

 

Un peu de calme mit fin à toute cette agitation, quand, harassés, nous nous étions enfin endormis, certains serrés comme des harengs sur les banquettes, d’autres plus ou moins avachis à même le sol et utilisant leur sac de voyage comme polochon. Pour ma part, je somnolais par intermittence, coincé contre la paroi du wagon, et regrettant amèrement d’avoir voulu faire l’économie d’un billet de première classe, les conditions de voyage devaient y être certainement moins pénibles !

 

Le train roulait dans la nuit, chargé de sa cargaison de corps de tous gabarits.

 

De temps en temps, il déversait sur les quais d’une gare quelques voyageurs parmi ceux qui avaient été débarqués du corail en panne, à la satisfaction générale. Lors de l’annonce du premier arrêt, nous avions été fort surpris, nous, les passagers du train direct, qui pensions naïvement nous rendre tous à la même destination et devoir supporter pendant tout le trajet restant ces déplorables conditions de transport, tels des bestiaux soudés les uns aux autres. Fort judicieusement, les départs des gares desservies avaient été annulés, et, sur le quai, le tableau en drapeau affichait, à mon grand soulagement, la mention « train supprimé ».

 

Une effervescence, similaire à celle de la montée désordonnée et précipitée dans le train, s’emparait des gens qui devaient descendre. Des interpellations, des cris, des bagages qui nous heurtaient au passage, s’ajoutaient au grincement des freins sur les rails et aux lumières aveuglantes des gares, et interrompaient régulièrement notre sommeil déjà très agité, nous laissant complètement hagards. Après le coup de sifflet du chef de gare – qui s’était auparavant assuré, longuement et avec un zèle exemplaire, que plus personne ne descendait –, le train se remettait à rouler, cahin-caha, et la nuit nous happait une nouvelle fois, nous replongeant dans un autre cycle de sommeil que chacun espérait réparateur.

 

Vers cinq heures du matin, le train parvint enfin à son terminus. Son arrêt grinçant nous arracha définitivement à notre repos, devenu, il est vrai,  plus agréable au fil des gares desservies.

 

Les derniers voyageurs, débraillés, aux vêtements froissés et pleins de sueur, aux yeux rougis par le manque de sommeil, aux cheveux hirsutes, rassemblèrent leurs bagages avec une lassitude teintée de soulagement. Certains comptèrent leur progéniture – de peur qu’il en manquât ! Beaucoup se précipitèrent vers les cabines téléphoniques pour prévenir leurs proches de leur arrivée, ce qui provoqua une belle cohue et laissa éberlués les quelques employés déjà présents dans la gare en ce début de matinée.

 

Les contrôleurs, qui avaient passé la nuit dans des conditions peu enviables également, étaient tout aussi déconfits et fourbus. Rêvaient-ils au retour au bercail ? Regrettaient-ils leur ancien boulot ? Maudissaient-ils eux aussi ces pannes de train qui les privaient de toutes ces heures précieuses qu’ils auraient dû passer chez eux ?

 

Cessant là mes divagations, je pris congé de mes compagnons d’infortune. Je me dirigeai à grands pas vers la sortie afin de regagner au plus vite la demeure familiale, en priant le ciel que les chauffeurs de taxis ne fissent pas grève ce jour-là, ce qui eût été le comble après cette mémorable nuit passée dans le train.

 

 

Auteure : Lucile Gauchers

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