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  • : Le blog de LucileG(43)
  • : Lecture et écriture : deux activités complémentaires qui permettent l'évasion et l'expression. L'objectif de ce blog est de faire connaître et de partager nos informations.
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  • Lucile Gauchers
  • Je me suis mise à l'écriture en Juillet 2008. Déjà parus aux éditions EDILIVRE : 
- À la lumière du pardon (2011)
- Destins - Au-delà des apparences (2012)
- Aimer à en perdre la raison (2015)
Ont suivi : En 2016 : Souffles de vies (éd. Abatos)  - La chanson de Karly (collectif LGO) - En 2017 : La dernière à rester et Piégé (auto-édition) - Déviances (éd. Abatos) - Tome 1 de l'album jeunesse : Les découvertes de Colin et de Coline (auto-édition). En mars 2018, le tome 2 : Les découvertes continuent avec Colin et Coline, et prochainement un petit recueil illustré de textes poétiques. Projets immédiats : terminer un roman commencé et les tomes 3 à 5 de l'album jeunesse. Autres projets  : deux romans (l'un en corrélation avec la Dernière à rester, l'autre une fiction historique en Haute-Loire, un troisième tiré d'une histoire). 
Grande lectrice de romans de société et de thrillers psychologiques, j'aime aussi la poésie et la musique.
  • Je me suis mise à l'écriture en Juillet 2008. Déjà parus aux éditions EDILIVRE : - À la lumière du pardon (2011) - Destins - Au-delà des apparences (2012) - Aimer à en perdre la raison (2015) Ont suivi : En 2016 : Souffles de vies (éd. Abatos) - La chanson de Karly (collectif LGO) - En 2017 : La dernière à rester et Piégé (auto-édition) - Déviances (éd. Abatos) - Tome 1 de l'album jeunesse : Les découvertes de Colin et de Coline (auto-édition). En mars 2018, le tome 2 : Les découvertes continuent avec Colin et Coline, et prochainement un petit recueil illustré de textes poétiques. Projets immédiats : terminer un roman commencé et les tomes 3 à 5 de l'album jeunesse. Autres projets : deux romans (l'un en corrélation avec la Dernière à rester, l'autre une fiction historique en Haute-Loire, un troisième tiré d'une histoire). Grande lectrice de romans de société et de thrillers psychologiques, j'aime aussi la poésie et la musique.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 15:38

En ces temps moroses, nous avons grandement besoin de cultiver la joie afin de nous armer pour être : "mieux dans sa vie, mieux dans sa tête".

Alexia Bohm (A. B.) a recueilli les propos du philosophe Frédéric LENOIR (F. L.) qui nous parle de son dernier livre : "La Puissance de la joie".

D'après lui, nous pouvons tous libérer de la joie en nous : elle serait accessible à tous, à portée de main. Il nous explique dans son livre comment y parvenir et répond aux questions d'Alexia Bohm.

A. B. : La joie, c'est quoi au juste ?

F. L : "C'est une expérience qui s'apparente au plaisir, mais qui est plus profonde et plus complète que le plaisir". D'après lui, la joie toucherait "notre coeur, notre esprit, notre âme et notre corps". En somme, la joie serait une excellente thérapie pour l'Être dans sa globalité, dirais-je !

F. Lenoir différencie la joie du bonheur.

Pour lui, le bonheur serait fait "de stabilité, de sérénité, de paix", alors que la joie serait une énergie du moment, de l'instant. Il donne comme exemple les enfants chez qui la joie les envahit en totalité. Les enfants lorsqu'ils jouent sont entièrement dans la joie du jeu.

F. Lenoir affirme qu'il faut "supprimer les obstacles" qui font "barrage", et pour ce faire "les identifier" afin de libérer la joie qui est en chacun d'entre nous.

A. B. : Qu'est-ce qui provoque cette joie ?

F. Lenoir a identifié deux "grandes voies" qui procureraient de la joie.

- L'une d'elle est personnelle, intimement liée à l'individu, comme il le dit : "être et se sentir pleinement soi-même en se mettant à l'écoute de ses vrais désirs".

- L'autre est externe à nous : "être en lien avec ceux que nous aimons, avec la nature [...], et avec le monde qui nous entoure [...]", que ce monde soit éloigné de nous ou tout proche (comme "le bureau juste à côté").

D'après F. Lenoir, "quand on se sent relié, en communion avec les autres ou avec le monde, alors la joie est là".

J'en conclus que la solitude, volontaire ou non, fait barrage à la joie : première identification !

A. B. : Le monde est en crise et pourtant vous célébrez la joie...

F. L. : "La joie peut être présente dans presque toutes les conditions de vie". Il donne comme exemple l'Inde où il a travaillé dans des léproseries et des bidonvilles. Honnêtement, vous vous sentiriez joyeux, vous, dans de telles conditions ? Eh bien, lui, a constaté que les gens qu'il a rencontrés là-bas, vivant dans le dénuement, "étaient vraiment joyeux, rayonnants". D'après lui, "la joie est là dès que l'on accepte la vie comme elle est". Donc, les éternels insatisfaits sont par nature des personnes incapables de ressentir de la joie et de la donner aux autres, car ils veulent toujours plus et ne savent pas (ou ne peuvent pas) apprécier ce qu'ils ont.

F. Lenoir précise que lorsque l'on a la faculté d'accepter la vie comme elle vient, "cela ne veut pas dire se résigner". Il entend que "dès lors que l'on n'a pas le pouvoir de changer la donne, il faut lâcher prise et se tourner vers ce que l'on peut vivre de meilleur". Pour parvenir à ce "meilleur", il préconise de s'investir "davantage auprès des autres", d'écouter réellement les autres, d'apporter de l'aide quand on le peut, de savourer "les petits plaisir simples de la vie", d'être "attentif à la beauté qui nous entoure". Pour lui "Tout cela est gratuit et à notre portée : là réside la puissance de la joie". C'est ce qu'il a voulu démontrer dans son livre : que s'il fallait ne plus avoir de soucis pour être joyeux, nous pouvions attendre longtemps ! Même dans un monde en crise, il affirme que la joie est accessible à tous. Deuxième identification : se contenter de ce que l'on a quand on ne peut faire autrement.

A. B. : Quelle place occupe l'argent dans la notion de joie ?

Pour F. Lenoir, "l'aisance matérielle [...] n'est pas, en soi, un facteur de joie durable." Il donne comme exemple les conclusions d'une étude effectuée par des chercheurs américains sur cent gagnants du loto : la joie est réelle et très grande pendant environ six mois, chaque gagnant retrouvant par la suite leur niveau de bonheur antérieur au gain. Pour lui, même si le gain inattendu "facilite la vie, ôte des poids du quotidien, accroît le sentiment de sécurité, offre plus de liberté", il n'est pas un critère inhérent de la joie à moyen et long terme. Troisième identification : le matérialisme n'est pas synonyme de bonheur et de joie.

A. B. : Expliquez-nous comment la cultiver au quotidien.

F. Lenoir part d'une réponse très personnelle en relatant sa "journée type". Il déclare qu'en se réveillant le matin :

1/ Il remercie d'être en bonne santé. Il pense que pour les personnes malades, c'est peut-être d'abord un sentiment de gratitude qui les anime, soit envers les soignants et/ou envers leur propre corps qui lutte au mieux. Pour lui "L'esprit de gratitude favorise la joie."

2/ Il médite un moment : "travail d'intériorisation pour mieux se connaître [...], pour prendre du recul et apaiser les émotions."

Puis, tout au long de la journée :

1/ Il se rend attentif au moment présent en appréciant tous les petits plaisirs de la journée.

2/ Il essaie de se remémorer; chaque soir, cinq moments positifs de sa journée.

En conclusion, pour lui, "il ne s'agit pas de courir après le bonheur, mais plutôt de porter son attention sur ce qui nous fait nous sentir joyeux et vivants."

A. B. : Selon vous, qu'est-ce qui, dans nos comportements ou nos habitudes, nous barre l'accès à la joie ?

F. Lenoir voit deux obstacles majeurs :

1/ "Les pensées et croyances négatives ou limitantes". Pour lui, tout ce qui est réducteur est construit "sur la peur et le manque d'estime de soi."

2/ "L'égocentrisme" prôné dans le monde occidental pour l'égo, le confort, ne pas être dérangé, la peur de l'autre etc., au final tout ce qui, en fait, nous rend malheureux à notre insu.

Il affirme que "Toutes les études montrent que l'altruisme (le contraire de l'égocentrisme) est l'une des principales sources de bonheur et de joie, avec la gratitude."

Altruisme et gratitude, qualités bien rares aujourd'hui et pourtant si précieuses, pour les autres comme pour soi. Mais, F. Lenoir nuance en disant qu' "il ne s'agit pas de se faire passer derrière les autres ou de se sacrifier pour eux, mais de sortir de l'obsession de soi. [...] essayer de se mettre plus souvent à la place de l'autre, être curieux de la différence, se soucier davantage du bien-être d'autrui, faire preuve de gratitude, proposer de l'aide..." Ce serait avec toutes ces choses que nous pouvons tous "libérer la source de joie qui est en nous."

A.B. : Certains semblent avoir du mal à accueillir la joie. Pourquoi ?

D'après F. Lenoir, la culture familiale ou le parcours personnel de certaines personnes peuvent faire barrage à la joie, qui la rendrait "suspecte" à leurs yeux, voire même "effrayante".

Dans certaines familles, le positif serait à peine remarqué, car de l'ordre du normal, alors que les évènements négatifs seraient amplifiés en donnant l'occasion de se plaindre. Certes, dans la culture occidentale, les maladies graves, les deuils, les gros ennuis financiers par exemple constituent des obstacles aux émotions positives et empêchent de croire possibles la joie et le bonheur.

F. Lenoir évoque aussi une autre catégorie de personnes qui "pensent qu'être joyeux, c'est être inconscient, superficiel, ou que c'est le signe que l'on manque de rigueur intellectuelle". Pour lui, elles se trompent et se gâchent la vie ! Il les exhorte à effectuer un travail sur elles-mêmes afin d' "identifier ce qui les empêche d'accueillir la joie [...]."

A. B. : À l'inverse, certaines personnes semblent naturellement joyeuses. À quoi cela tient-il ?

Pour F. Lenoir, ce serait une question de "tempérament et sans doute de patrimoine génétique". Il a constaté qu'il existait "des familles joyeuses et des familles tristes". Mais il nuance en affirmant que la plasticité du cerveau pouvait inverser la donne de départ et la reprogrammer de manière positive pour peu qu'on le veuille vraiment et qu'on s'en donne les moyens : "on peut s'entraîner à la joie, décider de porter son attention et d'investir son énergie dans ce qui est positif, dans ce qui nous fait du bien." Pour lui, "les résultats obtenus sont tellement gratifiants que se crée rapidement un cercle vertueux." Il ajoute même qu' "il n'y a pas de déterminisme, pas de fatalité. Être joyeux, cela peut se décider."

A. B. : Est-on plus facilement joyeux à certains âges ?

F.L. : "Oui sans hésiter". La joie est quasi-permanente dans l'enfance - enfance normale bien entendu, au cours de laquelle la curiosité naturelle et les découvertes "produisent de l'émerveillement", et la capacité à inventer et à jouer renouvelle les plaisirs." Il a été constaté aussi que la joie enfantine pouvait rayonner dans l'entourage en procurant de la joie aux autres. Les enfants en grande souffrance ne peuvent pas ressentir ce sentiment de joie, hélas.

Une autre période est propice à la joie : celle de la vieillesse "lorsqu'elle est acceptée, qu'elle n'est pas parasitée par l'amertume et qu'elle n'est pas vécue dans l'isolement." Les personnes âgées prennent plaisir à savourer les bons moments à leur juste valeur : une visite, un sourire, une parole douce, des confiseries, une promenade, un bon petit plat etc. Le secret de la longévité des personnes âgées, encore bien portantes, réside sans doute dans leur capacité à être joyeuses.

A. B. : À quoi reconnaissez-vous les gens qui ont de la joie en eux ?

F. L. : "Je les reconnais à leurs visages. Leurs yeux sont pétillants, ils sourient. [...] c'est de l'ordre du rayonnement."

Pour F. Lenoir, ces personnes rayonnent de la joie de vivre, ce qui les rend attirantes. Les autres se sentent bien en leur compagnie. Il émane d'elles une "énergie vitale contagieuse", et la joie qui irradie autour d'elles contaminent les personnes qui les entourent.

Conclusion : 7 façons de se procurer de la joie.

1/ Le sentiment de communier avec la nature : contemplation, marche, jardinage.

2/ Le dépassement de soi, la réalisation d'un objectif : remporter un défi personnel.

3/ L'échange et le partage avec les autres : sortir de l'isolement.

4/ Les plaisirs sensoriels : savourer une glace, un bon petit plat, des chocolats ; prendre le soleil.

5/ La mise en pratique d'un idéal (courage, altruisme, justice) : faire des dons (temps, argent...)

6/ La pratique d'une activité qui plaît, qui procure du plaisir et qui a un sens à nos yeux.

7/ La réception d'un cadeau inattendu de la vie tel qu'un sourire, un compliment, un mot gentil.

Alors, êtes-vous convaincu(e) que la JOIE peut changer votre vie ? Que sa puissance est bien réelle ?

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 14:18

En introduction, je vous dirai simplement que je partage ci-après le témoignage d'un membre de ma famille, situation à laquelle j'ai plus ou moins assisté, mais surtout pour laquelle j'ai apporté mon soutien moral tant j'étais et suis toujours habitée par le sentiment d'injustice. Moi-même, après avoir été pendant de longues années responsable du service des ressources humaines : du recrutement au départ à la retraite, en passant par la gestion des carrières ; des absences (congés payés, congé de maladie ordinaire, de longue maladie ou de longue durée, congé de maternité et de paternité, arrêt pour accidents de travail et de trajet) ; de la gestion de la paie ; des déclarations sociales mensuelles et des DADS annuelles ; de l'évaluation des personnels etc.), j'ai été très choquée et indignée par le comportement de ce "chef d'établissement". Vous en jugerez par vous-même.

D'abord le bonheur d'être enfin maman

Le couple a attendu trois ans avant que le désir conjoint d'avoir un enfant se concrétise. Pour cette jeune femme, c'était selon ses dires, la seule chose qui manquait encore à son bonheur.

Et puis un jour, elle apprend qu'elle porte la vie depuis cinq semaines déjà... Elle avait tout : un mari, un appartement dans lequel elle se sentait bien, des amis, un travail qu'elle adorait et où elle se rendait le matin avec envie.

La grossesse se passe bien malgré un premier trimestre qu'elle trouve interminable tant elle avait peur de perdre le bébé. Avec deux semaines d'avance, elle met au monde, en urgence et par césarienne, un magnifique petit garçon.

Pour elle, sa naissance est le plus beau jour de sa vie et lui permet d'être la plus heureuse des mamans !

Penser à reprendre le travail après cet intermède heureux

Elle obtient assez rapidement une place en crèche pour son fils en prévision de sa reprise. Au bout de trois mois et demi, qu'elle a vécus comme dans un rêve - ses mots "où j'étais sur mon petit nuage" -, le jour J arrive : elle s'y était préparée et elle avait vraiment envie de reprendre ses activités professionnelles et le rythme quotidien du monde du travail malgré sa fatigue.

Pourtant, sa gynécologue lui trouvant mauvaise mine avec une tension trop basse deux jours avant la date de reprise, veut prolonger d'un mois son congé postnatal. Elle refuse en prétextant qu'elle est sous contrat, qu'elle ne peut pas se permettre de manquer davantage et qu'elle se sent prête à repartir au travail même si elle ressent un peu d'appréhension à la pensée d'être séparée de son bébé. Toutes les mamans doivent connaître cette inquiétude, n'est-ce pas !

Désillusion totale

"Si j'avais su ce qui m'attendait, j'aurais écouté ma gynéco" !

En effet, elle comprend très vite qu'elle a "perdu sa place". Pour avoir été absente quelques mois, pour le bonheur d'avoir enfin un enfant, on a profité du moment le plus important de sa vie pour l'évincer afin de "placer" une personne de connaissance, quelqu'un embauché définitivement après quelques semaines de présence alors qu'elle-même était sous contrat depuis un an et demi !

Pourtant, on ne s'était jamais plaint de son travail ! Au contraire, on avait plutôt l'air content d'elle, de son comportement discret, de son assiduité et du travail rendu. Elle avait de bonnes appréciations ; elle était toujours prête à rendre service et accomplissait consciencieusement les tâches confiées, et avec dévouement.

Le jour de sa reprise, elle "atterrit" dans un nouveau service où elle doit tout apprendre, elle qui n'a pas de formation commerciale pour la réception de la clientèle. Elle travaille dans de mauvaises conditions ne disposant pas même d'un poste de travail qui lui soit propre. Quel changement avec ce qu'elle faisait auparavant !

Au fil des semaines, elle va de plus en plus mal

Elle développe ce que les médecins nomment "la dépression du post-partum" (ou dépression postnatale) alors que cette souffrance psychologique n'a rien à voir avec sa grossesse, son accouchement ou sa maternité. Non ! Son état dépressif est une conséquence directe de la façon dont elle a été traitée à son retour de congé de maternité sans avoir été prévenue ni préparée au préalable, mise devant le fait accompli le jour de sa reprise, aggravée de surcroît par le changement de poste, la méconnaissance et les mauvaises conditions de travail.

Elle est envahie d'un profond sentiment d'injustice et d'une colère bouillonnante, mais elle ne peut rien dire, rien faire. Elle se sent piégée et impuissante, son contrat devant être renouvelé prochainement.

Pas d'autre choix

Elle se fait soigner et s'adapte tant bien que mal à son nouveau poste. Mais quelle différence avec avant : elle n'a plus du tout envie d'aller travailler le matin ; elle se force, se fait violence ; c'est très dur. Elle regrette en permanence son ancien poste et rien que de penser à lui ou d'en parler, elle en a les larmes aux yeux.

Elle ne parvient plus à faire la coupure entre le travail et la maison comme auparavant quand le lendemain était une nouvelle journée et qu'elle partait avec joie au travail. Ne dit-on pas que l'on doit laisser ses soucis personnels au vestiaire lorsque l'on est au travail ? Eh bien, là, c'est le contraire : sa déception est tellement envahissante qu'elle ne parvient pas "à laisser de côté son travail" pour ne se consacrer qu'à sa vie familiale d'épouse et de maman.

"Plus rien n'allait... je ne comprenais pas comment j'en étais arrivée là, comment tout avait pu basculer du jour au lendemain parce qu'une seule personne avait décidé de mon sort !

Par opportunisme, le directeur de l'établissement avait décidé de rendre service à une amie en recrutant sa fille employée dans une entreprise qui était en train de déposer le bilan. "Il a certainement pensé accomplir une bonne action en plaçant l'une de ses connaissances. Mais "déshabiller" l'une pour "habiller" l'autre, je n'appelle pas ça une bonne action, mais de l'abus de pouvoir."

Conclusion

Entre-temps, son contrat est arrivé à terme après avoir été renouvelé. Elle a eu un deuxième enfant dont elle a profité pleinement puisqu'elle était en congé parental par la force des choses. Elle a même changé de région pour suivre son mari qui travaille toujours dans la même entreprise depuis neuf ans.

Elle tient à faire passer le message suivant : "Je voudrais que des personnes qui ont un certain pouvoir au travail arrêtent de "maltraiter" les femmes enceintes et les jeunes mamans. Je ne dis pas que c'est pareil de partout, bien heureusement ! Mais tout le monde sait que les bébés ne naissent pas dans les choux. Qu'ils réfléchissent au fait qu'ils sont eux-mêmes des maris, des pères, des frères, des grands-pères peut-être, et qu'ils trouveraient certainement ça intolérable si on faisait subir à l'une de leurs proches ce qu'eux-mêmes font vivre à d'autres femmes. Alors les futures ou jeunes mamans, défendez-vous ! N'encaissez pas sans rien dire comme je l'ai fait. Battez-vous pour votre place et pour être respectées, pour que plus jamais une femme ne "souffre du bonheur d'être mère" !

Depuis décembre 2004, date à la quelle cet évènement a eu lieu, j'ose espérer que les futures et jeunes mamans sont mieux traitées dans le monde du travail, bien que l'abus de pouvoir puisse revêtir des formes tellement insidieuses qu'il peut être très difficile pour elles de le prouver. Et si de surcroît, c'est pour en subir des représailles par la suite... quel recours pour elles ? Il n'est pas facile de changer les mentalités.

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 14:56

Malgré la dénomination de mon blog : "evasion-lecture-roman", je vais aborder ci-après un thème qui me tient particulièrement à coeur.

Certains(es) lecteurs(trices) trouveront peut-être quelques réponses à leurs questionnements éventuels sur la situation des enfants dits précoces ou à haut potentiel (HP). Les points communs des enfants HP sont notamment leur sens aigu de l'injustice et leur hypersensibilité.

Je vais évoquer une étude clinique menée depuis 2014 à LYON par :

- le CERMEP - imagerie du Vivant (Centre d'Explorations et de Recherches Médicales par l'Emission de Positions),

- le CHU de LYON

- l'Université Lyon 2.

But de cette étude :

- Mieux comprendre le fonctionnement cérébral des enfants intellectuellement précoces (EIP) en réalisant une étude par IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) sur les connexions du cerveau, son anatomie et son fonctionnement. L' IRM étudie le traitement des informations par le cerveau (phase active) et le fonctionnement du cerveau au repos (sans activité stimulante).

- Favoriser une meilleure prise en charge des enfants EIP ou à HP sur les plans éducatif, psychologique, neuropsychologique et médicamenteux.

- Améliorer l'approche scolaire par le "principe de la neuroéducation" afin d'adapter la pédagogie au profil de ces enfants.

Sélection des enfants pour l'étude :

La sélection de 80 enfants âgés de 8 à 12 ans, a été effectuée par le pédopsychiatre Olivier REVOL et par Fanny NUSBAUM psychologue et chercheuse à l'Université Lyon 2, directrice de PSYRENE (Psychologie, Recherche et Neurosciences).

Les tests de QI (Quotient Intellectuel) ont fait ressortir 4 groupes parmi les 80 enfants :

- Enfants HP à QI normaux dits "contrôles"

- Enfants HP à QI homogènes dits profil laminaire

- Enfants HP à QI hétérogènes dits profil complexe

- Enfants HP à QI avec troubles de l'attention (TDA)

Je vais m'intéresser plus particulièrement aux deux profils des HP pour lesquels certains enfants obtiennent d'excellents résultats scolaires, et d'autres sont en échec scolaire.

Le profil laminaire fait ressortir une distribution homogène des capacités cognitives et un comportement adapté à l'environnement.

Le profil complexe met en évidence des capacités cognitives hétérogènes (dyssynchronie cognitive) : décalage entre la sphère intellectuelle très mature dans certains domaines, et la sphère émotionnelle et relationnelle plus fragile.

Signes de l'enfant précoce :

Les enfants HP (ou EIP) se distinguent par une représentation différente selon leur profil : "du petit savant" à l'enfant instable. De plus, le "haut potentiel" est souvent associé à d'autres troubles.

- Les enfants précoces sont des enfants intelligents et vifs mais très souvent anxieux, repliés sur eux-mêmes et en situation d'échec scolaire (pour le profil complexe notamment).

Ces enfants nécessitent un accompagnement spécifique, mais encore faut-il que le diagnostic soit posé sans tarder, car le "surdon" peut VITE se transformer en HANDICAP.

- Les enfants EIP acquièrent généralement un bon langage verbal très tôt. En revanche, les tâches écrites posent souvent problème : geste crispé et maladroit dû à des difficultés motrices et troubles de l'apprentissage. Sur le plan affectif : hypersensibilité souvent prise à tort pour de l'immaturité.

- Chez ces enfants, les troubles du comportement sont fréquents en raison d'une anxiété permanente et / ou d'une humeur dépressive, conséquences de questionnements existentiels trop précoces que l'enfant ne peut assumer.

Comportement à adopter par les adultes :

- en règle générale : bienveillance et aussi fermeté ; stabilité, cohérence et clarté de la part de l'adulte,

- en plus, à l'école : indulgence sur les points faibles (travail écrit et orthographe) et sollicitation des capacités intellectuelles selon le profil de l'enfant.

Conclusion :

Lorsque le "surdon" initial (ou la précocité) est malheureusement tombé dans la "pathologie", il est très difficile, voire impossible de poser le diagnostic d'enfant intellectuellement précoce. Comme les problèmes sont bien réels, d'autres étiquettes vont être collées sur l'enfant avec des conséquences plus ou moins différentes. Avec de la chance, la prise en charge sera adaptée et efficace. Hélas, bien souvent, elle peut être un facteur aggravant. Cependant, plus l'enfant est jeune, plus il aura de chance d'évoluer dans le bon sens.

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 20:47

Introduction

Je me suis inspirée des informations contenues dans un article paru dans le magazine n° 190 de l'Union Confédérale des retraités "VIE NOUVELLE" de novembre/décembre 2015.

Il m'a paru très fouillé et intéressant. Il m'a fait réfléchir aussi sur ce que je soupçonnais, mais sans avoir de chiffres et de certitudes. Deux autres personnes l'ont fait que je nomme ci-après : Pascal Santoni et José Fort. Merci à eux pour avoir collecté les matériaux de cette étude en vue de rétablir la vérité, ou du moins de faire connaître la réalité sociologique de notre pays en cette période troublée.

La France, terre d'accueil.

Les victimes de la misère et/ou des régimes répressifs de leur pays d'origine ont toujours été accueillis en France, depuis très longtemps : l'Histoire est là pour en témoigner. Aujourd'hui, nous assistons à une nouvelle immigration par l'accueil de migrants. Certes, notre économie ne va pas très bien, la faute à qui ? Or la France est quand même en partie responsable de l'exode des migrants qui fuient la guerre et les destructions qui sévissent en Lybie et surtout en Syrie : vente d'armes, immixtion armée etc. Le Liban, petite nation de 6,5 millions d'habitants, en accueille un million et demi tandis que la France s'apprête à en accueillir vingt à vingt-cinq mille ! Sur les 60 millions de migrants recensés dans le monde (sur sept milliards de terriens que compte la planète), l'Europe accueille moins de 8% des personnes déplacées, soit un pour mille habitants. Aucun des 28 pays d'Europe ne figure dans les 10 pays qui accueillent le plus de réfugiés, alors que les nations en voie de développement, pourtant les plus pauvres, en accueillent 90%.

Les étrangers pillent-ils nos acquis sociaux ?

Contrairement à ce que pense la majorité des français, ce serait le contraire ! Pourquoi ? Car les immigrés rapportent plus de douze milliards d'euros par an et paient en partie nos retraites.

Selon une étude sur trois années publiée en 2009, qui a été réalisée par un groupe de chercheurs de l'université de Lille, les émigrés qui ont reçu de l'Etat 47,9 milliards d'euros, en ont reversé 60,3 milliards, soit un solde positif pour la France de 12,4 milliards !

Les 47,9 milliards d'euros sont ventilés comme suit :

- retraites : 16,3 milliards,

- aides au logement : 2,5 milliards,

- RMI : 1,7 milliards,

- allocations chômage : 5 milliards,

- allocations familiales : 6,7 milliards,

- prestations de santé : 11,5 milliards,

- éducation : 4,2 milliards.

En contre-partie, les immigrés ont payé des impôts :

- sur le revenu : 3,4 milliards,

- sur le patrimoine : 3,3 milliards,

- impôts et taxes à la consommation : 18,4 milliards,

- impôts locaux et autres : 2,6 milliards,

- CRDS* et CSG** : 6,2 milliards,

- cotisations sociales : 26,4 milliards.

Qui le sait ?

Et qui sait que nombre de services en France ne fonctionnent que grâce à l'immigration ?

Qui sait que, dans les banlieues, plus de la moitié des médecins hospitaliers sont étrangers ou d'origine étrangère ?

Qui sait que pas moins de 42% des salariés d'entreprises de nettoyage sont des immigrés ?

Comment pouvons-nous être de mauvaise foi devant de telles évidences et "nier l'apport des immigrés à l'économie et au modèle social de la France" ?

* Contribution au remboursement de la dette sociale

* * Contribution sociale généralisée

Notre travail et nos retraites sont-ils en danger ?

La France compte environ 11% d'immigrés, un pourcentage dans la moyenne européenne. La deuxième génération est estimée à 6,7 millions de personnes, dont 2,2 sont nés de "couples mixtes" (un seul parent est immigré).

Au niveau du travail, toutes les études confirment, qu'à quelques exceptions près, les immigrés accèdent avec difficulté aux postes les plus qualifiés. Ils se chargent le plus souvent des emplois les plus pénibles, précaires et mal payés. De ce fait, ils pallient le manque de main d'oeuvre dans certains secteurs de l'économie, emplois que ne veulent pas occuper nombre de français, hormis les personnes sans qualification. Le plus souvent, leur niveau de vie médian est inférieur de 30% par rapport au niveau de vie médian en France.

La présence d'immigrés dans un pays ne prive pas les autres citoyens de travail, car l'économie et le nombre d'emplois d'un pays dépendent du nombre de personnes qui vivent, donc consomment, sur leur territoire. Ils sont également une réponse au vieillissement démographique par le taux de natalité, donc au financement de la protection sociale et des retraites.

Qui le sait ?

Qu'en est-il de la délinquance ?

Laissons parler les statistiques : alors qu'elles notent "une augmentation des poursuites pour vol sans violence des étrangers sur le sol national", elles constatent aussi que "les Français représentent les trois quarts des personnes poursuivies par la police et la justice" ! Les statistiques font ressortir aussi que la petite délinquance des étrangers est amplifiée alors qu'elle reste marginale et limitée géographiquement.

Alors ?

Quel avenir pour notre société judéo-chrétienne ?

Historiquement, la société française a surtout été catholique. L'Histoire peut en témoigner : les protestants et "autres vaudois" en ont payé le prix fort.

En 2015, notre société se distingue par "la diversité des origines et des cultures reposant sur le socle républicain et laïque".

Pour une société qui se dit "judéo-chrétienne", combien en France respectent les "Dix commandements" énoncés dans la Bible ? Dans l'ordre d'importance de "la représentation supposée des religions en France", le christianisme vient en tête, puis les "sans religion" (les athées), l'islam, le bouddhisme et la religion juive.

Qu'est-ce qui permet de remettre en cause d'une manière objective le caractère "français" des citoyens de telle ou telle croyance ou incroyance face au caractère "judéo-chrétien" de la France ?

Le débat est ouvert !

L'immigration, un phénomène dont usent et abusent les politiques pour diviser les français.

Les français en ont "ras-le-bol" entend-on partout : qui choisir parmi les partis politiques. Ils disent avoir essayé la droite, puis la gauche, maintenant ils veulent essayer l'extrême-droite (le FN). Ils ne savent plus qui croire, sur "quel pied danser".

"Le mal est profond. Il faut y répondre. Avec des arguments précis". Le constat est sans équivoque :

- le FN cultive la haine et le racisme, en utilisant le "ras-le-bol" des français,

- le FN est un danger pour les salariés et les retraités : le salaire brut et les cotisations patronales constituent le coût de chaque salarié pour une entreprise. En promettant de baisser les cotisations sociales du salarié, le FN ne garantit pas l'augmentation du salaire net, car rien ne dit que les patrons ne récupéreront pas d'une manière ou d'une autre "cette manne",

- le FN préconise la suppression de l'impôt sur la fortune et instaure une tranche maximale à 46%, donc une fiscalité favorable aux plus riches,

- le FN considère le travail comme un coût,

- le FN conditionne les droits des salariés en fonction de leur nationalité,

- le FN prône l'élitisme à l'école sans respecter l'égalité pour tous, valeur républicaine,

- le FN partage l'orientation du Medef sur les retraites,

- le FN est au service du patronat, de tout bord, même s'il utilise "un discours populiste",

- le FN cherche à opposer les travailleurs français et les travailleurs immigrés afin de "les détourner de la question essentielle qui est celle de la répartition inégale des richesses. Il sert ainsi les intérêts du patronat".

Que chacun, en son âme et conscience, se pose les bonnes questions !

Ma conclusion

Cet article dont j'ai repris les idées essentielles m'a vraiment interpellée. J'avoue que je ne connaissais pas toutes les implications positives de la présence d'immigrés en France. Je n'ai jamais rencontré de problèmes avec eux, à quelque niveau que ce soit, donc je ne me suis jamais vraiment posé de questions sur ce plan.

Je considérais jusqu'à présent que les "idées" politiques comme la religion devaient rester dans le domaine de "l'intime".

Il était évident à mes yeux que chacun devait respecter l'autre, que par la tolérance, par le partage solidaire et par l'amour du prochain, tout le monde pouvait y trouver son compte : d'abord que les besoins essentiels et communs soient comblés, que la justice soit équitable pour tous, que chacun apporte "sa pierre à l'édifice" selon ses talents et ses compétences, que chacun respecte les malades, les handicapés, les différences sous toutes ses formes. Je pensais naïvement que la politique ne pouvait pas influencer la nature humaine !

Or, je réalise que la sociologie, que les études sur la société et sur l'économie d'un pays, que le devenir des citoyens d'une nation reposent sur les décisions prises par les politiciens censés représenter leurs concitoyens : des politiciens élus par le peuple.

Comment faire un choix dans l'ignorance ? car, avec des arguments non vérifiables par le commun des mortels, la masse des électeurs va effectuer un choix en toute sincérité, pensant que son choix est légitime car fondé sur des allégations de personnes en qui elle aura placé toute sa confiance. Oui, maintenant je réalise que la politique peut influencer, en bien ou en mal, la nature humaine.

Ne vous méprenez pas sur mes intentions. J'ai seulement voulu vous faire partager l'esprit de cet article très documenté qui donne peut-être un éclairage plus direct sur la réalité du profond malaise qui sévit dans notre beau pays si convoité, la France !

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 10:16

Toujours dans la partie 3 sur la proposition de Jean PARIS, ci-après le dernier article. J'ai trouvé préférable de recopier en "plusieurs fois" cet exposé datant de la fin des années 1960 afin d'en faciliter la lecture. Je sais que les amateurs de théâtre shakespearien, en interrogeant Internet, peuvent trouver une mine de renseignements sur lui et son oeuvre ! Cependant, depuis longtemps, j'avais envie de partager cet exposé, travail manuscrit qui m'avait demandé beaucoup de temps à l'époque.

b) Qui est Shakespeare ?

Cet "homme de théâtre jusqu'à la moëlle" dira de lui Henri Fluchère (1898/1987), angliciste, Commandeur de l'Empire Britannique en 1963, et par là s'expliquent les fameuses contradictions entre son oeuvre et sa biographie.

Qui, plus aisément qu'un comédien, saurait : le matin "assigner un gueux en justice" et le soir "prêcher au parterre la charité" ? Cette surprenante capacité d'assumer mille et une figures marque en profondeur les oeuvres du poète. Dans un bel essai sur William Shakespeare, je cite Shakespeare's Imagery, and what it tells us, Caroline Spurgeon a souligné cette virtuosité, cette versatilité qui se traduit dans le style par la hantise de la mobilité, de la métamorphose : verbes de mouvement, animation des choses, substitutions d'effets, néologismes, élisions, onomatopées... tout lui est bon pour faire de son langage la plus vaste et la plus diverse expression de l'homme.

Tous ces caractères sont autant de projections de l'être profond. Ils actualisent l'acteur profond que chacun porte en soi. Et c'est dans la mesure où la personne lui paraît si anarchique que Shakespeare réclame une "politique d'ordre" :

Ainsi, dès les premières pièces, voyons-nous s'ébaucher le thème que "Antoine et Cléopâtre", "Troïlus et Cressida", "Mesure pour Mesure" reprendront principalement : "nulle paix dans la cité, nulle dignité dans l'homme n'est durable sans discipline" !

Champion d'un ordre stable, ennemi des factions* (*groupe armé ou politique qui exerce une lutte d'influence au sein d'un ensemble plus large ; par extension dans d'autres domaines), Shakespeare entend que cet ordre se fonde sur le mérite ou le travail.

Que représente cette politique ?

Imagine-t-on un intrigant comme Bacon, un féodal comme Derby... encensant ainsi "la légitimité" ? Non, celui qui prêche ici, c'est comme l'envers du comédien : le bourgeois de Stratford, le gros propriétaire terrien dont le bon sens défend ses terres et maisons contre les deux fléaux qui les menacent : "excès des Grands et révolte des Petits" !

Le poète partage avec entrain l'idéologie officielle, celle des Tudor : en soutenant sa classe, il soutient leur politique éclairée, dynamique, prospère. Sa propre réussite, n'est-ce point d'ailleurs celle de cette Angleterre qui, en moins de cent ans, vient de passer de l'âge médiéval à la puissance moderne ?

Mais ce bel exploit est une dure conquête menacée de déclin, où renaissent sans cesse "les germes du chaos, des rivalités dynastiques, de la guerre". Ainsi l'Etat lui-même n'échappe pas plus au théâtre que les monarques à la mort, et nous voici revenus par ce long détour à "l'incertitude de notre condition". Toute l'oeuvre de Shakespeare tente de répondre à cette angoisse. Pour lui, tout est masque, et c'est parce que la connaissance nous est refusée qu'il faudra, pour l'atteindre, traverser mille épreuves.

"Cette disparité entre l'essence et l'apparence", qui est proprement le fait d'un comédien, deviendra pour Shakespeare un thème des plus obsessionnels : il ne cessera de croître en ampleur et en intensité : des premiers divertissements de la Cour aux tragédies de la fourberie et de l'illusion. Cette difficulté de s'en remettre aux apparences procède, pour Shakespeare, d'une notion ambiguë de l'être, par quoi l'acteur se trahit pleinement.

Les plus grandes pièces de William Shakespeare culminent en ces moments fulgurants où "l'ordre en s'écroulant révèle le vice qui le rongeait". Par exemple, dans "Othello", où de scène en scène, au lieu de produire une vérité, l'action s'égare, s'épaissit, s'enténèbre au point que les acteurs en perdent presque leur consistance : "le vrai coupable ne sera pas assassin, mais l'assassin sera aussi victime, et dont la vraie victime (Desdémone) causera la perte à son insu".

Sur tous les plans, l'oeuvre de Shakespeare est un reflet de sa situation fondamentale. Contraint par son art-même, son art de comédien, à méditer sur les rapports de l'homme et de ses masques, nous le verrons peu à peu approfondir l'interrogation jusqu'à lui soumettre "l'histoire et le cosmos". D'autres thèmes, certes, donnent à cette oeuvre sa cohérence, mais celui-ci les résorbe, les suppose tous. Partout, nous rencontrons la même obsession, "le même désir de forcer l'apparence", de déterrer la vérité cachée dut-elle être désespérante. Est-il besoin pour se faire d'être "si grand serf, seigneur ou initié" ?

Aujourd'hui, William Shakespeare est devenu son propre mythe", au point que ses innombrables interprétations trahissent plus les secrets de leurs auteurs que les siens-mêmes. Par cette recherche acharnée d'une signification, nous retrouvons, "multiplié par quatre", son drame. Mais, ce drame, celui de toute connaissance, c'est sous le signe du théâtre qu'il a choisi de le résoudre. Le dernier voeu de Shakespeare, combien ironique, sera encore pour nous dérober son secret : "Et plus profond que la sonde atteignît jamais, je noierai mon livre". Il a magnifiquement réussi !

THE END.

Que ce soit Molière en France (de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin - usant d'un pseudonyme -, auteur et acteur) ou Shakespeare en Angleterre, tous les deux ont mis sur scène la nature humaine en essayant d'arracher le masque des apparences, en se gaussant de leurs contemporains dans les comédies ou en exagérant leurs troubles dans les tragédies. Même Jean de la Fontaine, dans ses Fables qui mettent en scène des animaux, arrache par ce biais original le masque des apparences.

Je comprends d'où je tiens cette exécration des apparences : mon jeune esprit de lycéenne avait dû déjà être façonné par mes lectures et mon intérêt pour le théâtre de Molère et de Shakespeare ainsi que par les Fables de La Fontaine. D'ailleurs, j'utilise fréquemment comme devise que j'ai fait mienne : "la diplomatie est la forme intelligente de l'hypocrisie", non pas que je refuse la courtoisie - forme de politesse qui permet d'appréhender les codes sociaux pour vivre en bonne harmonie avec ses semblables -, mais la fausse apparence que les gens donnent d'eux-mêmes, par intérêt, par tromperie ou peut-être parce qu'ils ne savent pas qui ils sont eux-mêmes.

La lecture : un excellent moyen d'évasion, certes, mais aussi de partage de connaissances, de gymnastique de l'esprit, de réflexion.

L'écriture : un mode de transmission de ses pensées et opinions, de ses sentiments et ressentis.

J'espère que je ne vous aurai pas ennuyé(e) avec mon exposé qui date de mes années de lycée.

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 08:18

Partie 3- Jean Paris, né en 1921, auteur, traducteur, qui a enseigné la littérature aux USA et l'Histoire de l'Art dans diverses universités, propose "une solution à l'énigme" sur la véritable identité de Shakespeare.

a) Le défaut commun de toutes les théories que nous avons étudiées, c'est de prêter à l'auteur une instruction dont il n'avait que faire. Pire, c'est confondre un "bagage livresque" avec cette culture vivante dont parle Goethe et que Hamlet définit comme une "conscience ouverte au merveilleux".

Où prend-on d'ailleurs que Shakespeare ait eu tant de lectures ? Qu'il connaissait les langues anciennes, l'italien et le français "idiomatique" ? Qu'on en juge dans l'extrait de Henry V :

"French soldier : que dit-il monsieur ?

Boy : Il me demande à vous dire que vous faites vous prest ; car a soldat icy est disposé toute à cette heure de couper vostre gorge.

Pistol : ouy, ... gorge, purmafoy...

French soldier ! O, je vous supplie pour l'amour de Dieu, me pardonner ! Je suis gentilhomme de bonne maison etc."

Parlons aussi de "sa vision topographique" de Venise ! Elle se réduit à l'évocation du Canal et du Rialto !

Faut-il vraiment jouer de tous les instruments pour être ému comme Lorenzo par la musique d'un clair de lune ?

En revanche, "dans la comédie des erreurs", quelle moisson ! Il met Padoue en Lombardie, la Bohème au bord de la mer, et il s'imagine que Delphes est une île russe ; Hector cite Aristote à la guerre de Troie ; Ulysse crie "Amen !" ; Cléopâtre porte un corset et sa suivante parle de St Mathieu ; dans le "Roi Jean", on menace Angers de canons en 1214. Croit-on que Derby, Marlowe, Rutland ou Bacon tomberaient dans ces "incongruités" ?

Par bonheur, n'étant ni docte ni gentilhomme, Shakespeare se contentera du "suprême pouvoir" de donner forme aux plus douteuses connaissances ! Nul besoin pour lui des traités de magie : un almanach ramassé chez les "Field", et voilà nés : Titania (nom donné par William Shakespeare à la déesse des Fées des contes populaires anglais), Puck (créature féerique du folklore celte, notamment en Irlande, dans l'ouest de l'Écosse et au Pays de Galles), Ariel (personnage de fiction de la pièce de théâtre "La Tempête") et les sorcières (dans Macbeth ou la comédie des sorcières) ! Nul besoin de parcourir "son Italie" : il suffit d'entendre un "vieux gabrier" décrire les "marées de Vérone" ou un pèlerin situer Florence sur la route de Compostelle !

Pleine d'ignorances, de doutes, de relâchements, de plagiats,... l'oeuvre de Shakespeare est "d'un primitif" aussi peu soucieux d'exactitude historique que de couleur locale !

"Pour qu'une chose soit belle selon les règles du goût, écrit Diderot, il faut qu'elle soit élégante, finie, travaillée sans le paraître ; pour être de génie, il faut quelques fois qu'elle soit négligée, qu'elle ait l'air irrégulier, escarpé, sauvage."

Rien ne peint mieux, dans l'histoire élizabéthaine, cette oeuvre monumentale dont "Shakespeare semble moins le créateur que l'incarnation", ce théâtre dont il confesse avec "Hamlet" les fins orgueilleuses : "Présenter, pour ainsi dire, un miroir à la nature."

Un homme hanté par cette ambition conçoit d'abord la société comme un répertoire inépuisable de personnages, et bien avant Pascal, Shakespeare eût pu écrire que "l'étendue du monde n'est qu'un vaste théâtre où chacun joue son différent rôle", et c'est dans la mesure où ils dérogeront à cette philosophie que ses caractères tomberont dans "le grotesque" : le Juge Shallow des "Joyeuses Commères" ; l'intendant Malvolio de "La Nuit des Rois", ou dans "l'horreur" : "Richard III", "Othello" qui finissent par faire corps avec leurs erreurs ou leurs crimes.

Le ridicule et le mal, principes respectifs de la comédie et du drame, apparaissent donc comme un défaut de clairvoyance, et c'est par le recul de l'humour ou de la conscience que se définira l'humanisme shakespearien.

La lucidité doit donc être le propre de l"homme ! Telle quelle, cette lucidité pose un paradoxe. Dans le même temps où elle juge la vie gouvernée par quelque puissance supérieure - Nature, Providence -, elle en affirme l'arbitraire, la relativité. Comment ne pas reconnaître ici la conscience même d'un acteur, d'un homme pour qui tout destin reste un peu fictif, tout engagement éphémère ?

Pour Shakespeare, "vivre c'est jouer, c'est se jouer" : nul ne quitte la scène dans cesser d'être !

L'ami Greene a raison : il faut être un vrai "Jean-à tout faire" pour incarner si foncièrement cet art et l'avoir pratiqué dans les moindres emplois : de souffleur à copiste, de machiniste à régisseur, au point que le monde entier s'y mire et s'y réduise !

Qui fut Shakespeare ?

Dans la dernière suite, je terminerai cet exposé.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 15:52

Le point de vue d'Abel Jules Maurice Lefranc (1863/1952), historien de la littérature française, procède de méthodes voisines pour aboutir à des conclusions radicalement différentes. Il avance avec véhémence le nom d'un autre probable auteur : William Stanley, sixième Comte de Derby. Pourquoi ? Parce que, s'il faut le savoir d'un Bacon pour écrire l'oeuvre de Shakespeare, il faut surtout les intérêts d'un grand seigneur pour lui donner sa couleur politique, pour faire d'elle un bréviaire de l'histoire élizabéthaine.

En outre, la raison de l'incognito est encore plus grande chez Derby, prétendant à la couronne ! L'origine de cette supposition est un fait réel : la passion que William Stanley vouait au théâtre. Il fut lui-même fort mêlé à la guerre des Troupes et entretint des rapports suivis avec les dramaturges. Un rapport secret de la police de la Reine Elizabeth nous apprend même qu'il était uniquement occupé à composer des pièces pour les comédiens, ce qui le détournait de ses préoccupations politiques. Ce rapport est la seule preuve directe que Stanley se soit jamais mêlé d'écrire. Il s'agit essentiellement pour Abel Lefranc de dresser le parallèle le plus étroit possible entre la vie du comte et les pièces du "faux" Shakespeare. Par exemple :contrarié dans ses fiançailles, Stanley aurait exprimé sa douleur dans "Vénus et Adonis" et dans "Le viol de Lucrèce". "Le songe d'une nuit d'été" retracerait le mariage du Comte avec Elizabeth de Vere etc. Il y parvient assez bien. Mais comment expliquer que, décédé en 1642, Derby ait abandonné le théâtre en 1615, l'année précise où l'abandonnait "le stratfordien" ?

Il faudrait donc en venir à d'autres dramaturges de l'époque : à Christopher Marlowe par exemple, dont l'américain Calvin Hoffman s'est fait le champion, et qui présente sur ses rivaux l'avantage d'avoir été un "véritable dramaturge". Une difficulté néanmoins surgit : si le Comte de Derby est mort "trop tard", Christopher est mort "trop tôt", l'histoire voulant qu'un voyou l'ait poignardé en 1593 ! C'est justement à partir de cette ténébreuse affaire que Hoffman s'autorise à échafauder une thèse des plus audacieuses : il ne voit dans l'ancien palefrenier du Globe qu'un paravent derrière lequel, protégé par toute une coterie, se cacherait un "faux mort". En effet, il est bizarre que la disparition de Marlowe coïncide avec l'apparition de Shakespeare en littérature. À cause d'athéisme, de blasphème, de satanisme et de dépravation, le jeune Christopher Marlowe était menacé et avait échappé aux foudres de la justice grâce à un ami bien placé. Mais le 29 mai 1593, une condamnation paraît imminente. Son ami fait simuler un meurtre et Marlowe disparaît ! Il quitte le pays un moment pour revenir poursuivre son oeuvre en la signant d'un faux nom.

Toutefois, tous ces parallèles, tous ces décryptages semblent puérils à une autre fonction de la critique anti-stratfordienne : au lieu de s'épuiser à chercher un Shakespeare, mieux vaudrait tenir son oeuvre pour collective. Ici encore, le mérite de la trouvaille semble revenir à Délia Bacon : ainsi Bacon n'aurait été qu'un acteur en chef présidant une tablée de secrétaires : Raleigh, Lord Buckhurst, Lord Paget, Le Comte d'Oxford.

En 1991, dans "Seven Shakespeare", Gilbert Slater allait remanier la liste et le commandement : Oxford passait en tête suivi de Bacon et de Raleigh, du Comte de Derby, de Marlowe, du Comte de Rutland et de Lady Pembroke (1561/1621).

Abel Chevalley (1868/1933), auteur de "La bête de Gévaudan", a aussi publié des études anglaises. Il avance que les textes groupés dans le Folio de 1923 émaneraient à la fois d'un groupe de seigneurs-poètes et d'une équipe de "poètes attaches", travaillant séparément, mais tous plus ou moins dépendants du "groupe". Et l'on retrouve les mêmes noms. Cependant, cette hypothèse apparaît tout à fait fantaisiste : comment, tramée par "trente mains", la moindre pièce de théâtre garderait-elle quelque unité ? Pourquoi, protégée par la Reine, la coterie se serait-elle choisi un "nom suspect" ? Nous voilà loin de la monotonie : "écrire toujours de même et composer de constante façon" dont se plaignaient "Les Sonnets" !

Le prochain article (suite 6) abordera la théorie de Jean Paris qui a enseigné la littérature aux Etats-Unis et l'histoire de l'art dans diverses universités.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 10:04

3) QUI aurait bien pu se cacher sous le pseudonyme de Shakespeare ?

La silhouette semble assez précise : un contemporain né vers 1560 et mort probablement aux alentours de 1615 ? Un lettré de haute naissance ou éducation ? Mieux, un érudit sorti d'Oxford ou de Cambridge avec un bagage assez éclectique pour traiter du siège de Troie dans "Troïlus et Cressida" ; d'histoire romaine dans "Jules César", "Antoine et Cléopâtre" ; de droit dans "Le Marchand de Venise" ; de pathologie mentale dans "Macbeth" et "Le Roi Lear" ; de navigation dans "La Tempête" ; etc. Bref d'un homme d'expérience : grand voyageur, grand amant, au fait des intrigues de la Cour, en rapport avec la police et les chancelleries, mais qui, pour quelque motif : soit dignité sociale soit peur de poursuites, aurait choisi l'incognito !

Une douzaine de personnages répondaient déjà à ces conditions dont on fait autant de "Shakespeare" possibles :

- Francis Bacon qui rallie le plus de suffrages,

- Roger Manners, Comte de Rutland, cinquième du nom,

- William Stanley, Comte de Derby, sixième du nom,

- Henry Wriothesley, Comte de Southampton, troisième du nom,

- Edouard de Vere, Comte d'Oxford, dix-septième du nom,

- Christopher Marlowe,

- Etc. nous ne pouvons pas tous les citer, la liste étant bien trop longue !

C'est à l'américain Joseph Coleman Hart (1798/1855) que remonte en 1848 l'idée plaisante de "détrôner Shakespeare".

Huit ans plus tard, un article du "Putnam's Monthly" allait rendre à jamais célèbre, Miss Delia Bacon : selon elle, son illustre homonyme avait, en plus de ses travaux philosophiques, rédigé les pièces du barde ! À vrai dire - l'argumentation n'étant pas le fort de Miss Bacon qui devait finir dans un asile d'aliénés -, il s'agissait plutôt d'une intuition que d'une thèse !

En 1883, la controverse allait rebondir et on procéda à l'étude comparée des textes de Shakespeare et de Bacon. Le mérite en revient à Mrs. Henry Pott (1833/1915), qui, dans son édition des notes du philosophe devait dénombrer 4400 analogies avec le théâtre shakespearien !

En 1988, on pratiqua le décryptage. L'initiateur Ignatius Donnelly et ses disciples parvenaient finalement à déchiffrer sous les écrits de Shakespeare et de Bacon, des messages secrets établissant la suzeraineté de celui-ci sur celui-là.

De cette thèse baconienne, on peut choisir comme un bon exemple : "The mystery of William Shakespeare" du Juge Thomas E. Webb (1921/1903), dans lequel se conjuguent toutes ces recherches et ces trouvailles. Le Docteur Webb récuse l'authenticité du Folio de 1623. Il dit en effet qu'il faudrait distinguer entre l'acteur Shakespeare, "médiocre personnage" dont nous connaissons les faits et gestes, et le poète Shakespeare, pseudonyme de Francis Bacon, lequel aurait dû recourir à ce subterfuge pour raisons politiques, le théâtre étant incompatible avec la dignité d'administrateur. La preuve avancée ? un aveu qui serait paraît-il décisif :

"Pourquoi me faut-il toujours écrire de même

Et toujours composer de constante façon

Au point que chaque mot trahit presque mon nom

Et révèle son origine et mon emblème ?" (dans "Sonnets LXXVI)

La similitude des tournures dont usent le poète et le philosophe démontre aussi - paraît-il - leur identité.

Dans le prochain article, nous verrons l'analyse d'Abel Lefranc qui attribue la paternité du canon shakespearien à William Stanley, sixième Comte de Derby.

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 14:44

1) Le statut de l'artiste dans l'Angleterre élizabéthaine.

Il différait à tel point du nôtre qu'on a peine à le concevoir. Pour la moyenne des contemporains, une pièce de théâtre, c'est d'abord un texte rédigé par un écrivain et interprété par tels comédiens plus ou moins célèbres.

Pour les foules du XVIè siècle encore proches des grandes oeuvres anonymes du Moyen-Âge, une pièce, c'est d'abord : un sujet, une intrigue, et il n'est pas sûr que l'Hamlet de Thomas Kyd (1558 - 1594) se distingue beaucoup de celui de Shakespeare !

De là par exemple les précisions naïves dont les titres s'encombrent.

De là encore l'absence de scrupules en matière de "propriété littéraire" : ces histoires étaient aussi communes que l'air du temps. N'importe qui peut piller l'oeuvre du voisin, ajouter, retrancher selon sa fantaisie, et l'on sait que, dans la guerre froide qu'ils se livrent, les théâtres n'hésitent pas à s'espionner les uns les autres, à se voler des mises en scène, des idées, des manuscrits !

Il est fort probable que l'indignation de Green, devant le "corbeau paré des plumes" d'autrui, n'était pas sans motif : plus d'un passage de Henry VI sent le plagiat de Marlowe ou Chapman, et les nombreux emprunts et rajouts qui grèvent "Macbeth", "Le Roi Lear" ou "Mesure pour Mesure" posent de nos jours, à la science shakespearienne, les plus redoutables problèmes d'édition, et par conséquent d'interprétation.

Cette quasi indifférence de l'authenticité tient d'ailleurs au public lui-même. Dans la hiérarchie théâtrale, l'auteur vient en dernier. C'est ainsi qu'il ne figure jamais dans les Livres de Comptes de la Maison Royale, qui se borne à indiquer la Compagnie, le comédien qui a perçu l'argent, et parfois, au hasard, le titre d'un drame ! On comprend, dans ces circonstances, que le moindre texte entraine d'interminables questions d'attribution, et que le doute à la longue s'étende à la personne même de l'écrivain. Cependant, du vivant de Shakespeare, plusieurs livres portant son nom avaient vu le jour en librairie, précédés parfois d'éditions anonymes :

- 1593 : "Vénus et Adonis"

- 1594 : "Le viol de Lucrèce"

- 1598 : "Peines d'amour perdues", "Richard II", "Richard III"

- 1599 : "Le premier Henry IV", "Le pèlerin passionné"

- 1600 : "Le marchand de Venise", "Le deuxième Henri IV", "Beaucoup de bruit pour rien",

"Le songe d'une nuit d'été"

- 1603 : "Hamlet"

- 1608 : Le Roi Lear"

- 1609 : "Troïlus et Cressida", Périclès" et "Les Sonnets".

À cette liste s'ajoutent, publiés soit durant la vie du poète, soit peu après sa mort mais sans mention de son identité : "Titus Andronicus", "Une mégère apprivoisée", "Henry V", "Othello", "Le troisième Henry IV". En outre, neuf pièces associées à Shakespeare, les unes imprimées de son temps, les autres écrites en collaboration, sont aujourd'hui ou perdues ou rejetées : "Locrine", "Sir John Oldcastle", "Thomas Lord Cromwell" etc.

D'autres enfin, pour n'avoir pas eu l'honneur de l'impression, n'en figurent pas moins sur les documents officiels de l'époque : "Comme il vous plaira", "Antoine et Cléopâtre", "La tempête", "Le conte d'hiver", "Othello", "César".

Une situation si confuse appelait des mesures : si l'on entendait préserver la mémoire du dramaturge, il fallait qu'un volume rassemblât les textes épars et rejetât l'ivraie ! Après des échecs, on aboutit au célèbre "Folio de 1623" groupant toutes les pièces qui composent l'oeuvre de Shakespeare : comédies, drames historiques, tragédies. Le volume comportait en outre des hommages de divers confrères. Artisans et collaborateurs du Folio s'accordent sur ce point capital : les 36 pièces présentées sont l'oeuvre de cet acteur-poète stratfordien qu'ils ont connu à Londres, à la belle période du Globe !

2) Or, qu'arriverait-il si d'aventure, ils mentaient ou s'ils étaient victimes d'une cabale ?

C'est à cette interrogation qu'en viennent certains critiques pour ôter à Shakespeare la paternité de son théâtre.

- Les documents sur lesquels se fondent les biographes seraient ou douteux ou susceptibles d'autres interprétations.

- Ou bien des falsifications auraient été accomplies à dessein de cacher l'identité du véritable auteur.

Entre ce que nous savons de l'homme et ce que nous savons de l'oeuvre, c'est peu dire qu'il y a un abîme, et il faut bien pour le franchir recourir à la mystique du génie !

Là, les "antistratfordiens" ont beau jeu de clamer qu'un "campagnard" dont on ignore s'il savait écrire, peut difficilement montrer une connaissance de l'étiquette aussi approfondie que dans "Peines d'amour perdues" ou rédiger dans "Henry V" des scènes en français ! Et comment disposerait-il, sans études suivies, du vocabulaire le plus nombreux et le plus divers de tous les temps ? Comment parlerait-il de Venise ou de Navarre, s'il n'y était allé ? À quels épisodes de sa "médiocre" vie se rattacheraient les grands thèmes tragiques de Hamlet ou de Coriolan ? Autant de mystères qui conduisent à croire que Shakespeare n'est qu'un "vulgaire masque", un prête-nom sous lequel, pour des raisons particulières qui varient, se serait dissimulé quelqu'un.

Dans le prochaine article, nous lirons des hypothèses sur l'identité plausible du véritable auteur qui se cacherait sous le patronyme de Shakespeare.

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 09:58

Dès 1598, le jeune critique Francis Meres (1565 - 1647) avait salué la gloire naissante de William Shakespeare dans "Palladis Tamia". Il le place au même rang que Plaute, Ovide et Sénèque.

La même année, un bel esprit : le poète Richard Barnfield (1574 - 1620) exalte l'auteur de Lucrèce, tandis que le dramaturge John Marston (1576 - 1634) ridiculise un admirateur qui ne jure plus que par Romeo et Juliette ! John Weerer (?) dédie à Shakespeare un épigramme pour saluer sa "langue de miel".

En 1600, l'anthologiste John Bodenham (1559 - 1610) le classe parmi les meilleurs poètes de son temps. En 1601, sa collaboration est requise pour un recueil groupant les vers de John Marston, de George Chapman (1559 - 1634) et de Benjamin dit Ben Jonson (1572 - 1637) : "Le martyre de l'amour".

Dès l'avènement de Jacques I, la compagnie de théâtre de Lord Chamberlain devient Compagnie privée de sa Majesté. Ainsi donc, à cette époque, Shakespeare n'est pas seulement l'auteur que la critique encense, mais il appartient aussi au seul théâtre subventionné par la plus haute autorité de l'Etat.

Sur le plan privé, on notera en 1607 le décès de son frère Edmund, le mariage de sa fille Susanna avec John Hall, médecin à Stratford upon Avon. En 1608, il perd sa mère, en 1612 Gilbert et 1613 Richard, ses deux autres frères plus jeunes que lui.

De plus en plus, les activités de Shakespeare semblent s'éloigner des scènes de la capitale et le ramener en sa bonne ville, où le 28 octobre 1614, il signe un contrat réglant quelque clôture de terrains. À Londres, pourtant, son étoile ne polit pas ! Retiré à Stratford, peut-être depuis l'incendie du théâtre Le Globe en juin 1613, il marie sa fille Judith à Thomas Quiney le fils de son ancien "sollicitor".

Sa vie se vide d'évènements et d'oeuvres et ne tient plus pour nous qu'à deux dates : le 25 mars 1616, il paraphe son testament du fameux : "by me, William Shakespeare" léguant ses biens à ses enfants, quelques souvenirs à ses familiers, quelques shillings à ses collègues : James Burbage, John Heminges et Londell, ainsi qu'un malheureux lit : "the second best", à son épouse !

Un mois plus tard exactement, le registre paroissial porte mention de son enterrement. On en déduit qu'il avait dû trépasser deux jours plus tôt, le 23 avril 1616, le jour précis de son 53è anniversaire. Là s'arrêtent les faits et commence la spéculation.

Devant la pauvreté de ces informations et leur caractère assez mesquin, on a contesté l'identité de l'acteur dramaturge, et avancé que, hormis des citations comme celles de John Davies of Hereford ou de Francis Meres, dont la bonne foi aurait été une surprise, aucune preuve n'établit formellement que Shakespeare ait écrit les oeuvres qui lui sont attribuées.

D'où vient donc cette étonnante incertitude ?

Ce sera l'objet de la prochaine suite qui évoquera "Le statut de l'artiste dans l'Angleterre élizabéthaine".

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