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  • : Le blog de LucileG(43)
  • : Lecture et écriture : deux activités complémentaires qui permettent l'évasion et l'expression. L'objectif de ce blog est de faire connaître et de partager nos informations.
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  • Lucile Gauchers
  • Je me suis mise à l'écriture en Juillet 2008. Déjà parus aux éditions EDILIVRE : 
- À la lumière du pardon (2011)
- Destins - Au-delà des apparences (2012)
- Aimer à en perdre la raison (2015)
Ont suivi : En 2016 : Souffles de vies (éd. Abatos)  - La chanson de Karly (collectif LGO) - En 2017 : La dernière à rester et Piégé (auto-édition) - Déviances (éd. Abatos) - Tome 1 de l'album jeunesse : Les découvertes de Colin et de Coline (auto-édition). En mars 2018, le tome 2 : Les découvertes continuent avec Colin et Coline, et prochainement un petit recueil illustré de textes poétiques. Projets immédiats : terminer un roman commencé et les tomes 3 à 5 de l'album jeunesse. Autres projets  : deux romans (l'un en corrélation avec la Dernière à rester, l'autre une fiction historique en Haute-Loire, un troisième tiré d'une histoire). 
Grande lectrice de romans de société et de thrillers psychologiques, j'aime aussi la poésie et la musique.
  • Je me suis mise à l'écriture en Juillet 2008. Déjà parus aux éditions EDILIVRE : - À la lumière du pardon (2011) - Destins - Au-delà des apparences (2012) - Aimer à en perdre la raison (2015) Ont suivi : En 2016 : Souffles de vies (éd. Abatos) - La chanson de Karly (collectif LGO) - En 2017 : La dernière à rester et Piégé (auto-édition) - Déviances (éd. Abatos) - Tome 1 de l'album jeunesse : Les découvertes de Colin et de Coline (auto-édition). En mars 2018, le tome 2 : Les découvertes continuent avec Colin et Coline, et prochainement un petit recueil illustré de textes poétiques. Projets immédiats : terminer un roman commencé et les tomes 3 à 5 de l'album jeunesse. Autres projets : deux romans (l'un en corrélation avec la Dernière à rester, l'autre une fiction historique en Haute-Loire, un troisième tiré d'une histoire). Grande lectrice de romans de société et de thrillers psychologiques, j'aime aussi la poésie et la musique.

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 20:47

Introduction

Je me suis inspirée des informations contenues dans un article paru dans le magazine n° 190 de l'Union Confédérale des retraités "VIE NOUVELLE" de novembre/décembre 2015.

Il m'a paru très fouillé et intéressant. Il m'a fait réfléchir aussi sur ce que je soupçonnais, mais sans avoir de chiffres et de certitudes. Deux autres personnes l'ont fait que je nomme ci-après : Pascal Santoni et José Fort. Merci à eux pour avoir collecté les matériaux de cette étude en vue de rétablir la vérité, ou du moins de faire connaître la réalité sociologique de notre pays en cette période troublée.

La France, terre d'accueil.

Les victimes de la misère et/ou des régimes répressifs de leur pays d'origine ont toujours été accueillis en France, depuis très longtemps : l'Histoire est là pour en témoigner. Aujourd'hui, nous assistons à une nouvelle immigration par l'accueil de migrants. Certes, notre économie ne va pas très bien, la faute à qui ? Or la France est quand même en partie responsable de l'exode des migrants qui fuient la guerre et les destructions qui sévissent en Lybie et surtout en Syrie : vente d'armes, immixtion armée etc. Le Liban, petite nation de 6,5 millions d'habitants, en accueille un million et demi tandis que la France s'apprête à en accueillir vingt à vingt-cinq mille ! Sur les 60 millions de migrants recensés dans le monde (sur sept milliards de terriens que compte la planète), l'Europe accueille moins de 8% des personnes déplacées, soit un pour mille habitants. Aucun des 28 pays d'Europe ne figure dans les 10 pays qui accueillent le plus de réfugiés, alors que les nations en voie de développement, pourtant les plus pauvres, en accueillent 90%.

Les étrangers pillent-ils nos acquis sociaux ?

Contrairement à ce que pense la majorité des français, ce serait le contraire ! Pourquoi ? Car les immigrés rapportent plus de douze milliards d'euros par an et paient en partie nos retraites.

Selon une étude sur trois années publiée en 2009, qui a été réalisée par un groupe de chercheurs de l'université de Lille, les émigrés qui ont reçu de l'Etat 47,9 milliards d'euros, en ont reversé 60,3 milliards, soit un solde positif pour la France de 12,4 milliards !

Les 47,9 milliards d'euros sont ventilés comme suit :

- retraites : 16,3 milliards,

- aides au logement : 2,5 milliards,

- RMI : 1,7 milliards,

- allocations chômage : 5 milliards,

- allocations familiales : 6,7 milliards,

- prestations de santé : 11,5 milliards,

- éducation : 4,2 milliards.

En contre-partie, les immigrés ont payé des impôts :

- sur le revenu : 3,4 milliards,

- sur le patrimoine : 3,3 milliards,

- impôts et taxes à la consommation : 18,4 milliards,

- impôts locaux et autres : 2,6 milliards,

- CRDS* et CSG** : 6,2 milliards,

- cotisations sociales : 26,4 milliards.

Qui le sait ?

Et qui sait que nombre de services en France ne fonctionnent que grâce à l'immigration ?

Qui sait que, dans les banlieues, plus de la moitié des médecins hospitaliers sont étrangers ou d'origine étrangère ?

Qui sait que pas moins de 42% des salariés d'entreprises de nettoyage sont des immigrés ?

Comment pouvons-nous être de mauvaise foi devant de telles évidences et "nier l'apport des immigrés à l'économie et au modèle social de la France" ?

* Contribution au remboursement de la dette sociale

* * Contribution sociale généralisée

Notre travail et nos retraites sont-ils en danger ?

La France compte environ 11% d'immigrés, un pourcentage dans la moyenne européenne. La deuxième génération est estimée à 6,7 millions de personnes, dont 2,2 sont nés de "couples mixtes" (un seul parent est immigré).

Au niveau du travail, toutes les études confirment, qu'à quelques exceptions près, les immigrés accèdent avec difficulté aux postes les plus qualifiés. Ils se chargent le plus souvent des emplois les plus pénibles, précaires et mal payés. De ce fait, ils pallient le manque de main d'oeuvre dans certains secteurs de l'économie, emplois que ne veulent pas occuper nombre de français, hormis les personnes sans qualification. Le plus souvent, leur niveau de vie médian est inférieur de 30% par rapport au niveau de vie médian en France.

La présence d'immigrés dans un pays ne prive pas les autres citoyens de travail, car l'économie et le nombre d'emplois d'un pays dépendent du nombre de personnes qui vivent, donc consomment, sur leur territoire. Ils sont également une réponse au vieillissement démographique par le taux de natalité, donc au financement de la protection sociale et des retraites.

Qui le sait ?

Qu'en est-il de la délinquance ?

Laissons parler les statistiques : alors qu'elles notent "une augmentation des poursuites pour vol sans violence des étrangers sur le sol national", elles constatent aussi que "les Français représentent les trois quarts des personnes poursuivies par la police et la justice" ! Les statistiques font ressortir aussi que la petite délinquance des étrangers est amplifiée alors qu'elle reste marginale et limitée géographiquement.

Alors ?

Quel avenir pour notre société judéo-chrétienne ?

Historiquement, la société française a surtout été catholique. L'Histoire peut en témoigner : les protestants et "autres vaudois" en ont payé le prix fort.

En 2015, notre société se distingue par "la diversité des origines et des cultures reposant sur le socle républicain et laïque".

Pour une société qui se dit "judéo-chrétienne", combien en France respectent les "Dix commandements" énoncés dans la Bible ? Dans l'ordre d'importance de "la représentation supposée des religions en France", le christianisme vient en tête, puis les "sans religion" (les athées), l'islam, le bouddhisme et la religion juive.

Qu'est-ce qui permet de remettre en cause d'une manière objective le caractère "français" des citoyens de telle ou telle croyance ou incroyance face au caractère "judéo-chrétien" de la France ?

Le débat est ouvert !

L'immigration, un phénomène dont usent et abusent les politiques pour diviser les français.

Les français en ont "ras-le-bol" entend-on partout : qui choisir parmi les partis politiques. Ils disent avoir essayé la droite, puis la gauche, maintenant ils veulent essayer l'extrême-droite (le FN). Ils ne savent plus qui croire, sur "quel pied danser".

"Le mal est profond. Il faut y répondre. Avec des arguments précis". Le constat est sans équivoque :

- le FN cultive la haine et le racisme, en utilisant le "ras-le-bol" des français,

- le FN est un danger pour les salariés et les retraités : le salaire brut et les cotisations patronales constituent le coût de chaque salarié pour une entreprise. En promettant de baisser les cotisations sociales du salarié, le FN ne garantit pas l'augmentation du salaire net, car rien ne dit que les patrons ne récupéreront pas d'une manière ou d'une autre "cette manne",

- le FN préconise la suppression de l'impôt sur la fortune et instaure une tranche maximale à 46%, donc une fiscalité favorable aux plus riches,

- le FN considère le travail comme un coût,

- le FN conditionne les droits des salariés en fonction de leur nationalité,

- le FN prône l'élitisme à l'école sans respecter l'égalité pour tous, valeur républicaine,

- le FN partage l'orientation du Medef sur les retraites,

- le FN est au service du patronat, de tout bord, même s'il utilise "un discours populiste",

- le FN cherche à opposer les travailleurs français et les travailleurs immigrés afin de "les détourner de la question essentielle qui est celle de la répartition inégale des richesses. Il sert ainsi les intérêts du patronat".

Que chacun, en son âme et conscience, se pose les bonnes questions !

Ma conclusion

Cet article dont j'ai repris les idées essentielles m'a vraiment interpellée. J'avoue que je ne connaissais pas toutes les implications positives de la présence d'immigrés en France. Je n'ai jamais rencontré de problèmes avec eux, à quelque niveau que ce soit, donc je ne me suis jamais vraiment posé de questions sur ce plan.

Je considérais jusqu'à présent que les "idées" politiques comme la religion devaient rester dans le domaine de "l'intime".

Il était évident à mes yeux que chacun devait respecter l'autre, que par la tolérance, par le partage solidaire et par l'amour du prochain, tout le monde pouvait y trouver son compte : d'abord que les besoins essentiels et communs soient comblés, que la justice soit équitable pour tous, que chacun apporte "sa pierre à l'édifice" selon ses talents et ses compétences, que chacun respecte les malades, les handicapés, les différences sous toutes ses formes. Je pensais naïvement que la politique ne pouvait pas influencer la nature humaine !

Or, je réalise que la sociologie, que les études sur la société et sur l'économie d'un pays, que le devenir des citoyens d'une nation reposent sur les décisions prises par les politiciens censés représenter leurs concitoyens : des politiciens élus par le peuple.

Comment faire un choix dans l'ignorance ? car, avec des arguments non vérifiables par le commun des mortels, la masse des électeurs va effectuer un choix en toute sincérité, pensant que son choix est légitime car fondé sur des allégations de personnes en qui elle aura placé toute sa confiance. Oui, maintenant je réalise que la politique peut influencer, en bien ou en mal, la nature humaine.

Ne vous méprenez pas sur mes intentions. J'ai seulement voulu vous faire partager l'esprit de cet article très documenté qui donne peut-être un éclairage plus direct sur la réalité du profond malaise qui sévit dans notre beau pays si convoité, la France !

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 10:16

Toujours dans la partie 3 sur la proposition de Jean PARIS, ci-après le dernier article. J'ai trouvé préférable de recopier en "plusieurs fois" cet exposé datant de la fin des années 1960 afin d'en faciliter la lecture. Je sais que les amateurs de théâtre shakespearien, en interrogeant Internet, peuvent trouver une mine de renseignements sur lui et son oeuvre ! Cependant, depuis longtemps, j'avais envie de partager cet exposé, travail manuscrit qui m'avait demandé beaucoup de temps à l'époque.

b) Qui est Shakespeare ?

Cet "homme de théâtre jusqu'à la moëlle" dira de lui Henri Fluchère (1898/1987), angliciste, Commandeur de l'Empire Britannique en 1963, et par là s'expliquent les fameuses contradictions entre son oeuvre et sa biographie.

Qui, plus aisément qu'un comédien, saurait : le matin "assigner un gueux en justice" et le soir "prêcher au parterre la charité" ? Cette surprenante capacité d'assumer mille et une figures marque en profondeur les oeuvres du poète. Dans un bel essai sur William Shakespeare, je cite Shakespeare's Imagery, and what it tells us, Caroline Spurgeon a souligné cette virtuosité, cette versatilité qui se traduit dans le style par la hantise de la mobilité, de la métamorphose : verbes de mouvement, animation des choses, substitutions d'effets, néologismes, élisions, onomatopées... tout lui est bon pour faire de son langage la plus vaste et la plus diverse expression de l'homme.

Tous ces caractères sont autant de projections de l'être profond. Ils actualisent l'acteur profond que chacun porte en soi. Et c'est dans la mesure où la personne lui paraît si anarchique que Shakespeare réclame une "politique d'ordre" :

Ainsi, dès les premières pièces, voyons-nous s'ébaucher le thème que "Antoine et Cléopâtre", "Troïlus et Cressida", "Mesure pour Mesure" reprendront principalement : "nulle paix dans la cité, nulle dignité dans l'homme n'est durable sans discipline" !

Champion d'un ordre stable, ennemi des factions* (*groupe armé ou politique qui exerce une lutte d'influence au sein d'un ensemble plus large ; par extension dans d'autres domaines), Shakespeare entend que cet ordre se fonde sur le mérite ou le travail.

Que représente cette politique ?

Imagine-t-on un intrigant comme Bacon, un féodal comme Derby... encensant ainsi "la légitimité" ? Non, celui qui prêche ici, c'est comme l'envers du comédien : le bourgeois de Stratford, le gros propriétaire terrien dont le bon sens défend ses terres et maisons contre les deux fléaux qui les menacent : "excès des Grands et révolte des Petits" !

Le poète partage avec entrain l'idéologie officielle, celle des Tudor : en soutenant sa classe, il soutient leur politique éclairée, dynamique, prospère. Sa propre réussite, n'est-ce point d'ailleurs celle de cette Angleterre qui, en moins de cent ans, vient de passer de l'âge médiéval à la puissance moderne ?

Mais ce bel exploit est une dure conquête menacée de déclin, où renaissent sans cesse "les germes du chaos, des rivalités dynastiques, de la guerre". Ainsi l'Etat lui-même n'échappe pas plus au théâtre que les monarques à la mort, et nous voici revenus par ce long détour à "l'incertitude de notre condition". Toute l'oeuvre de Shakespeare tente de répondre à cette angoisse. Pour lui, tout est masque, et c'est parce que la connaissance nous est refusée qu'il faudra, pour l'atteindre, traverser mille épreuves.

"Cette disparité entre l'essence et l'apparence", qui est proprement le fait d'un comédien, deviendra pour Shakespeare un thème des plus obsessionnels : il ne cessera de croître en ampleur et en intensité : des premiers divertissements de la Cour aux tragédies de la fourberie et de l'illusion. Cette difficulté de s'en remettre aux apparences procède, pour Shakespeare, d'une notion ambiguë de l'être, par quoi l'acteur se trahit pleinement.

Les plus grandes pièces de William Shakespeare culminent en ces moments fulgurants où "l'ordre en s'écroulant révèle le vice qui le rongeait". Par exemple, dans "Othello", où de scène en scène, au lieu de produire une vérité, l'action s'égare, s'épaissit, s'enténèbre au point que les acteurs en perdent presque leur consistance : "le vrai coupable ne sera pas assassin, mais l'assassin sera aussi victime, et dont la vraie victime (Desdémone) causera la perte à son insu".

Sur tous les plans, l'oeuvre de Shakespeare est un reflet de sa situation fondamentale. Contraint par son art-même, son art de comédien, à méditer sur les rapports de l'homme et de ses masques, nous le verrons peu à peu approfondir l'interrogation jusqu'à lui soumettre "l'histoire et le cosmos". D'autres thèmes, certes, donnent à cette oeuvre sa cohérence, mais celui-ci les résorbe, les suppose tous. Partout, nous rencontrons la même obsession, "le même désir de forcer l'apparence", de déterrer la vérité cachée dut-elle être désespérante. Est-il besoin pour se faire d'être "si grand serf, seigneur ou initié" ?

Aujourd'hui, William Shakespeare est devenu son propre mythe", au point que ses innombrables interprétations trahissent plus les secrets de leurs auteurs que les siens-mêmes. Par cette recherche acharnée d'une signification, nous retrouvons, "multiplié par quatre", son drame. Mais, ce drame, celui de toute connaissance, c'est sous le signe du théâtre qu'il a choisi de le résoudre. Le dernier voeu de Shakespeare, combien ironique, sera encore pour nous dérober son secret : "Et plus profond que la sonde atteignît jamais, je noierai mon livre". Il a magnifiquement réussi !

THE END.

Que ce soit Molière en France (de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin - usant d'un pseudonyme -, auteur et acteur) ou Shakespeare en Angleterre, tous les deux ont mis sur scène la nature humaine en essayant d'arracher le masque des apparences, en se gaussant de leurs contemporains dans les comédies ou en exagérant leurs troubles dans les tragédies. Même Jean de la Fontaine, dans ses Fables qui mettent en scène des animaux, arrache par ce biais original le masque des apparences.

Je comprends d'où je tiens cette exécration des apparences : mon jeune esprit de lycéenne avait dû déjà être façonné par mes lectures et mon intérêt pour le théâtre de Molère et de Shakespeare ainsi que par les Fables de La Fontaine. D'ailleurs, j'utilise fréquemment comme devise que j'ai fait mienne : "la diplomatie est la forme intelligente de l'hypocrisie", non pas que je refuse la courtoisie - forme de politesse qui permet d'appréhender les codes sociaux pour vivre en bonne harmonie avec ses semblables -, mais la fausse apparence que les gens donnent d'eux-mêmes, par intérêt, par tromperie ou peut-être parce qu'ils ne savent pas qui ils sont eux-mêmes.

La lecture : un excellent moyen d'évasion, certes, mais aussi de partage de connaissances, de gymnastique de l'esprit, de réflexion.

L'écriture : un mode de transmission de ses pensées et opinions, de ses sentiments et ressentis.

J'espère que je ne vous aurai pas ennuyé(e) avec mon exposé qui date de mes années de lycée.

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 08:18

Partie 3- Jean Paris, né en 1921, auteur, traducteur, qui a enseigné la littérature aux USA et l'Histoire de l'Art dans diverses universités, propose "une solution à l'énigme" sur la véritable identité de Shakespeare.

a) Le défaut commun de toutes les théories que nous avons étudiées, c'est de prêter à l'auteur une instruction dont il n'avait que faire. Pire, c'est confondre un "bagage livresque" avec cette culture vivante dont parle Goethe et que Hamlet définit comme une "conscience ouverte au merveilleux".

Où prend-on d'ailleurs que Shakespeare ait eu tant de lectures ? Qu'il connaissait les langues anciennes, l'italien et le français "idiomatique" ? Qu'on en juge dans l'extrait de Henry V :

"French soldier : que dit-il monsieur ?

Boy : Il me demande à vous dire que vous faites vous prest ; car a soldat icy est disposé toute à cette heure de couper vostre gorge.

Pistol : ouy, ... gorge, purmafoy...

French soldier ! O, je vous supplie pour l'amour de Dieu, me pardonner ! Je suis gentilhomme de bonne maison etc."

Parlons aussi de "sa vision topographique" de Venise ! Elle se réduit à l'évocation du Canal et du Rialto !

Faut-il vraiment jouer de tous les instruments pour être ému comme Lorenzo par la musique d'un clair de lune ?

En revanche, "dans la comédie des erreurs", quelle moisson ! Il met Padoue en Lombardie, la Bohème au bord de la mer, et il s'imagine que Delphes est une île russe ; Hector cite Aristote à la guerre de Troie ; Ulysse crie "Amen !" ; Cléopâtre porte un corset et sa suivante parle de St Mathieu ; dans le "Roi Jean", on menace Angers de canons en 1214. Croit-on que Derby, Marlowe, Rutland ou Bacon tomberaient dans ces "incongruités" ?

Par bonheur, n'étant ni docte ni gentilhomme, Shakespeare se contentera du "suprême pouvoir" de donner forme aux plus douteuses connaissances ! Nul besoin pour lui des traités de magie : un almanach ramassé chez les "Field", et voilà nés : Titania (nom donné par William Shakespeare à la déesse des Fées des contes populaires anglais), Puck (créature féerique du folklore celte, notamment en Irlande, dans l'ouest de l'Écosse et au Pays de Galles), Ariel (personnage de fiction de la pièce de théâtre "La Tempête") et les sorcières (dans Macbeth ou la comédie des sorcières) ! Nul besoin de parcourir "son Italie" : il suffit d'entendre un "vieux gabrier" décrire les "marées de Vérone" ou un pèlerin situer Florence sur la route de Compostelle !

Pleine d'ignorances, de doutes, de relâchements, de plagiats,... l'oeuvre de Shakespeare est "d'un primitif" aussi peu soucieux d'exactitude historique que de couleur locale !

"Pour qu'une chose soit belle selon les règles du goût, écrit Diderot, il faut qu'elle soit élégante, finie, travaillée sans le paraître ; pour être de génie, il faut quelques fois qu'elle soit négligée, qu'elle ait l'air irrégulier, escarpé, sauvage."

Rien ne peint mieux, dans l'histoire élizabéthaine, cette oeuvre monumentale dont "Shakespeare semble moins le créateur que l'incarnation", ce théâtre dont il confesse avec "Hamlet" les fins orgueilleuses : "Présenter, pour ainsi dire, un miroir à la nature."

Un homme hanté par cette ambition conçoit d'abord la société comme un répertoire inépuisable de personnages, et bien avant Pascal, Shakespeare eût pu écrire que "l'étendue du monde n'est qu'un vaste théâtre où chacun joue son différent rôle", et c'est dans la mesure où ils dérogeront à cette philosophie que ses caractères tomberont dans "le grotesque" : le Juge Shallow des "Joyeuses Commères" ; l'intendant Malvolio de "La Nuit des Rois", ou dans "l'horreur" : "Richard III", "Othello" qui finissent par faire corps avec leurs erreurs ou leurs crimes.

Le ridicule et le mal, principes respectifs de la comédie et du drame, apparaissent donc comme un défaut de clairvoyance, et c'est par le recul de l'humour ou de la conscience que se définira l'humanisme shakespearien.

La lucidité doit donc être le propre de l"homme ! Telle quelle, cette lucidité pose un paradoxe. Dans le même temps où elle juge la vie gouvernée par quelque puissance supérieure - Nature, Providence -, elle en affirme l'arbitraire, la relativité. Comment ne pas reconnaître ici la conscience même d'un acteur, d'un homme pour qui tout destin reste un peu fictif, tout engagement éphémère ?

Pour Shakespeare, "vivre c'est jouer, c'est se jouer" : nul ne quitte la scène dans cesser d'être !

L'ami Greene a raison : il faut être un vrai "Jean-à tout faire" pour incarner si foncièrement cet art et l'avoir pratiqué dans les moindres emplois : de souffleur à copiste, de machiniste à régisseur, au point que le monde entier s'y mire et s'y réduise !

Qui fut Shakespeare ?

Dans la dernière suite, je terminerai cet exposé.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 15:52

Le point de vue d'Abel Jules Maurice Lefranc (1863/1952), historien de la littérature française, procède de méthodes voisines pour aboutir à des conclusions radicalement différentes. Il avance avec véhémence le nom d'un autre probable auteur : William Stanley, sixième Comte de Derby. Pourquoi ? Parce que, s'il faut le savoir d'un Bacon pour écrire l'oeuvre de Shakespeare, il faut surtout les intérêts d'un grand seigneur pour lui donner sa couleur politique, pour faire d'elle un bréviaire de l'histoire élizabéthaine.

En outre, la raison de l'incognito est encore plus grande chez Derby, prétendant à la couronne ! L'origine de cette supposition est un fait réel : la passion que William Stanley vouait au théâtre. Il fut lui-même fort mêlé à la guerre des Troupes et entretint des rapports suivis avec les dramaturges. Un rapport secret de la police de la Reine Elizabeth nous apprend même qu'il était uniquement occupé à composer des pièces pour les comédiens, ce qui le détournait de ses préoccupations politiques. Ce rapport est la seule preuve directe que Stanley se soit jamais mêlé d'écrire. Il s'agit essentiellement pour Abel Lefranc de dresser le parallèle le plus étroit possible entre la vie du comte et les pièces du "faux" Shakespeare. Par exemple :contrarié dans ses fiançailles, Stanley aurait exprimé sa douleur dans "Vénus et Adonis" et dans "Le viol de Lucrèce". "Le songe d'une nuit d'été" retracerait le mariage du Comte avec Elizabeth de Vere etc. Il y parvient assez bien. Mais comment expliquer que, décédé en 1642, Derby ait abandonné le théâtre en 1615, l'année précise où l'abandonnait "le stratfordien" ?

Il faudrait donc en venir à d'autres dramaturges de l'époque : à Christopher Marlowe par exemple, dont l'américain Calvin Hoffman s'est fait le champion, et qui présente sur ses rivaux l'avantage d'avoir été un "véritable dramaturge". Une difficulté néanmoins surgit : si le Comte de Derby est mort "trop tard", Christopher est mort "trop tôt", l'histoire voulant qu'un voyou l'ait poignardé en 1593 ! C'est justement à partir de cette ténébreuse affaire que Hoffman s'autorise à échafauder une thèse des plus audacieuses : il ne voit dans l'ancien palefrenier du Globe qu'un paravent derrière lequel, protégé par toute une coterie, se cacherait un "faux mort". En effet, il est bizarre que la disparition de Marlowe coïncide avec l'apparition de Shakespeare en littérature. À cause d'athéisme, de blasphème, de satanisme et de dépravation, le jeune Christopher Marlowe était menacé et avait échappé aux foudres de la justice grâce à un ami bien placé. Mais le 29 mai 1593, une condamnation paraît imminente. Son ami fait simuler un meurtre et Marlowe disparaît ! Il quitte le pays un moment pour revenir poursuivre son oeuvre en la signant d'un faux nom.

Toutefois, tous ces parallèles, tous ces décryptages semblent puérils à une autre fonction de la critique anti-stratfordienne : au lieu de s'épuiser à chercher un Shakespeare, mieux vaudrait tenir son oeuvre pour collective. Ici encore, le mérite de la trouvaille semble revenir à Délia Bacon : ainsi Bacon n'aurait été qu'un acteur en chef présidant une tablée de secrétaires : Raleigh, Lord Buckhurst, Lord Paget, Le Comte d'Oxford.

En 1991, dans "Seven Shakespeare", Gilbert Slater allait remanier la liste et le commandement : Oxford passait en tête suivi de Bacon et de Raleigh, du Comte de Derby, de Marlowe, du Comte de Rutland et de Lady Pembroke (1561/1621).

Abel Chevalley (1868/1933), auteur de "La bête de Gévaudan", a aussi publié des études anglaises. Il avance que les textes groupés dans le Folio de 1923 émaneraient à la fois d'un groupe de seigneurs-poètes et d'une équipe de "poètes attaches", travaillant séparément, mais tous plus ou moins dépendants du "groupe". Et l'on retrouve les mêmes noms. Cependant, cette hypothèse apparaît tout à fait fantaisiste : comment, tramée par "trente mains", la moindre pièce de théâtre garderait-elle quelque unité ? Pourquoi, protégée par la Reine, la coterie se serait-elle choisi un "nom suspect" ? Nous voilà loin de la monotonie : "écrire toujours de même et composer de constante façon" dont se plaignaient "Les Sonnets" !

Le prochain article (suite 6) abordera la théorie de Jean Paris qui a enseigné la littérature aux Etats-Unis et l'histoire de l'art dans diverses universités.

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 10:04

3) QUI aurait bien pu se cacher sous le pseudonyme de Shakespeare ?

La silhouette semble assez précise : un contemporain né vers 1560 et mort probablement aux alentours de 1615 ? Un lettré de haute naissance ou éducation ? Mieux, un érudit sorti d'Oxford ou de Cambridge avec un bagage assez éclectique pour traiter du siège de Troie dans "Troïlus et Cressida" ; d'histoire romaine dans "Jules César", "Antoine et Cléopâtre" ; de droit dans "Le Marchand de Venise" ; de pathologie mentale dans "Macbeth" et "Le Roi Lear" ; de navigation dans "La Tempête" ; etc. Bref d'un homme d'expérience : grand voyageur, grand amant, au fait des intrigues de la Cour, en rapport avec la police et les chancelleries, mais qui, pour quelque motif : soit dignité sociale soit peur de poursuites, aurait choisi l'incognito !

Une douzaine de personnages répondaient déjà à ces conditions dont on fait autant de "Shakespeare" possibles :

- Francis Bacon qui rallie le plus de suffrages,

- Roger Manners, Comte de Rutland, cinquième du nom,

- William Stanley, Comte de Derby, sixième du nom,

- Henry Wriothesley, Comte de Southampton, troisième du nom,

- Edouard de Vere, Comte d'Oxford, dix-septième du nom,

- Christopher Marlowe,

- Etc. nous ne pouvons pas tous les citer, la liste étant bien trop longue !

C'est à l'américain Joseph Coleman Hart (1798/1855) que remonte en 1848 l'idée plaisante de "détrôner Shakespeare".

Huit ans plus tard, un article du "Putnam's Monthly" allait rendre à jamais célèbre, Miss Delia Bacon : selon elle, son illustre homonyme avait, en plus de ses travaux philosophiques, rédigé les pièces du barde ! À vrai dire - l'argumentation n'étant pas le fort de Miss Bacon qui devait finir dans un asile d'aliénés -, il s'agissait plutôt d'une intuition que d'une thèse !

En 1883, la controverse allait rebondir et on procéda à l'étude comparée des textes de Shakespeare et de Bacon. Le mérite en revient à Mrs. Henry Pott (1833/1915), qui, dans son édition des notes du philosophe devait dénombrer 4400 analogies avec le théâtre shakespearien !

En 1988, on pratiqua le décryptage. L'initiateur Ignatius Donnelly et ses disciples parvenaient finalement à déchiffrer sous les écrits de Shakespeare et de Bacon, des messages secrets établissant la suzeraineté de celui-ci sur celui-là.

De cette thèse baconienne, on peut choisir comme un bon exemple : "The mystery of William Shakespeare" du Juge Thomas E. Webb (1921/1903), dans lequel se conjuguent toutes ces recherches et ces trouvailles. Le Docteur Webb récuse l'authenticité du Folio de 1623. Il dit en effet qu'il faudrait distinguer entre l'acteur Shakespeare, "médiocre personnage" dont nous connaissons les faits et gestes, et le poète Shakespeare, pseudonyme de Francis Bacon, lequel aurait dû recourir à ce subterfuge pour raisons politiques, le théâtre étant incompatible avec la dignité d'administrateur. La preuve avancée ? un aveu qui serait paraît-il décisif :

"Pourquoi me faut-il toujours écrire de même

Et toujours composer de constante façon

Au point que chaque mot trahit presque mon nom

Et révèle son origine et mon emblème ?" (dans "Sonnets LXXVI)

La similitude des tournures dont usent le poète et le philosophe démontre aussi - paraît-il - leur identité.

Dans le prochain article, nous verrons l'analyse d'Abel Lefranc qui attribue la paternité du canon shakespearien à William Stanley, sixième Comte de Derby.

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 14:44

1) Le statut de l'artiste dans l'Angleterre élizabéthaine.

Il différait à tel point du nôtre qu'on a peine à le concevoir. Pour la moyenne des contemporains, une pièce de théâtre, c'est d'abord un texte rédigé par un écrivain et interprété par tels comédiens plus ou moins célèbres.

Pour les foules du XVIè siècle encore proches des grandes oeuvres anonymes du Moyen-Âge, une pièce, c'est d'abord : un sujet, une intrigue, et il n'est pas sûr que l'Hamlet de Thomas Kyd (1558 - 1594) se distingue beaucoup de celui de Shakespeare !

De là par exemple les précisions naïves dont les titres s'encombrent.

De là encore l'absence de scrupules en matière de "propriété littéraire" : ces histoires étaient aussi communes que l'air du temps. N'importe qui peut piller l'oeuvre du voisin, ajouter, retrancher selon sa fantaisie, et l'on sait que, dans la guerre froide qu'ils se livrent, les théâtres n'hésitent pas à s'espionner les uns les autres, à se voler des mises en scène, des idées, des manuscrits !

Il est fort probable que l'indignation de Green, devant le "corbeau paré des plumes" d'autrui, n'était pas sans motif : plus d'un passage de Henry VI sent le plagiat de Marlowe ou Chapman, et les nombreux emprunts et rajouts qui grèvent "Macbeth", "Le Roi Lear" ou "Mesure pour Mesure" posent de nos jours, à la science shakespearienne, les plus redoutables problèmes d'édition, et par conséquent d'interprétation.

Cette quasi indifférence de l'authenticité tient d'ailleurs au public lui-même. Dans la hiérarchie théâtrale, l'auteur vient en dernier. C'est ainsi qu'il ne figure jamais dans les Livres de Comptes de la Maison Royale, qui se borne à indiquer la Compagnie, le comédien qui a perçu l'argent, et parfois, au hasard, le titre d'un drame ! On comprend, dans ces circonstances, que le moindre texte entraine d'interminables questions d'attribution, et que le doute à la longue s'étende à la personne même de l'écrivain. Cependant, du vivant de Shakespeare, plusieurs livres portant son nom avaient vu le jour en librairie, précédés parfois d'éditions anonymes :

- 1593 : "Vénus et Adonis"

- 1594 : "Le viol de Lucrèce"

- 1598 : "Peines d'amour perdues", "Richard II", "Richard III"

- 1599 : "Le premier Henry IV", "Le pèlerin passionné"

- 1600 : "Le marchand de Venise", "Le deuxième Henri IV", "Beaucoup de bruit pour rien",

"Le songe d'une nuit d'été"

- 1603 : "Hamlet"

- 1608 : Le Roi Lear"

- 1609 : "Troïlus et Cressida", Périclès" et "Les Sonnets".

À cette liste s'ajoutent, publiés soit durant la vie du poète, soit peu après sa mort mais sans mention de son identité : "Titus Andronicus", "Une mégère apprivoisée", "Henry V", "Othello", "Le troisième Henry IV". En outre, neuf pièces associées à Shakespeare, les unes imprimées de son temps, les autres écrites en collaboration, sont aujourd'hui ou perdues ou rejetées : "Locrine", "Sir John Oldcastle", "Thomas Lord Cromwell" etc.

D'autres enfin, pour n'avoir pas eu l'honneur de l'impression, n'en figurent pas moins sur les documents officiels de l'époque : "Comme il vous plaira", "Antoine et Cléopâtre", "La tempête", "Le conte d'hiver", "Othello", "César".

Une situation si confuse appelait des mesures : si l'on entendait préserver la mémoire du dramaturge, il fallait qu'un volume rassemblât les textes épars et rejetât l'ivraie ! Après des échecs, on aboutit au célèbre "Folio de 1623" groupant toutes les pièces qui composent l'oeuvre de Shakespeare : comédies, drames historiques, tragédies. Le volume comportait en outre des hommages de divers confrères. Artisans et collaborateurs du Folio s'accordent sur ce point capital : les 36 pièces présentées sont l'oeuvre de cet acteur-poète stratfordien qu'ils ont connu à Londres, à la belle période du Globe !

2) Or, qu'arriverait-il si d'aventure, ils mentaient ou s'ils étaient victimes d'une cabale ?

C'est à cette interrogation qu'en viennent certains critiques pour ôter à Shakespeare la paternité de son théâtre.

- Les documents sur lesquels se fondent les biographes seraient ou douteux ou susceptibles d'autres interprétations.

- Ou bien des falsifications auraient été accomplies à dessein de cacher l'identité du véritable auteur.

Entre ce que nous savons de l'homme et ce que nous savons de l'oeuvre, c'est peu dire qu'il y a un abîme, et il faut bien pour le franchir recourir à la mystique du génie !

Là, les "antistratfordiens" ont beau jeu de clamer qu'un "campagnard" dont on ignore s'il savait écrire, peut difficilement montrer une connaissance de l'étiquette aussi approfondie que dans "Peines d'amour perdues" ou rédiger dans "Henry V" des scènes en français ! Et comment disposerait-il, sans études suivies, du vocabulaire le plus nombreux et le plus divers de tous les temps ? Comment parlerait-il de Venise ou de Navarre, s'il n'y était allé ? À quels épisodes de sa "médiocre" vie se rattacheraient les grands thèmes tragiques de Hamlet ou de Coriolan ? Autant de mystères qui conduisent à croire que Shakespeare n'est qu'un "vulgaire masque", un prête-nom sous lequel, pour des raisons particulières qui varient, se serait dissimulé quelqu'un.

Dans le prochaine article, nous lirons des hypothèses sur l'identité plausible du véritable auteur qui se cacherait sous le patronyme de Shakespeare.

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 09:58

Dès 1598, le jeune critique Francis Meres (1565 - 1647) avait salué la gloire naissante de William Shakespeare dans "Palladis Tamia". Il le place au même rang que Plaute, Ovide et Sénèque.

La même année, un bel esprit : le poète Richard Barnfield (1574 - 1620) exalte l'auteur de Lucrèce, tandis que le dramaturge John Marston (1576 - 1634) ridiculise un admirateur qui ne jure plus que par Romeo et Juliette ! John Weerer (?) dédie à Shakespeare un épigramme pour saluer sa "langue de miel".

En 1600, l'anthologiste John Bodenham (1559 - 1610) le classe parmi les meilleurs poètes de son temps. En 1601, sa collaboration est requise pour un recueil groupant les vers de John Marston, de George Chapman (1559 - 1634) et de Benjamin dit Ben Jonson (1572 - 1637) : "Le martyre de l'amour".

Dès l'avènement de Jacques I, la compagnie de théâtre de Lord Chamberlain devient Compagnie privée de sa Majesté. Ainsi donc, à cette époque, Shakespeare n'est pas seulement l'auteur que la critique encense, mais il appartient aussi au seul théâtre subventionné par la plus haute autorité de l'Etat.

Sur le plan privé, on notera en 1607 le décès de son frère Edmund, le mariage de sa fille Susanna avec John Hall, médecin à Stratford upon Avon. En 1608, il perd sa mère, en 1612 Gilbert et 1613 Richard, ses deux autres frères plus jeunes que lui.

De plus en plus, les activités de Shakespeare semblent s'éloigner des scènes de la capitale et le ramener en sa bonne ville, où le 28 octobre 1614, il signe un contrat réglant quelque clôture de terrains. À Londres, pourtant, son étoile ne polit pas ! Retiré à Stratford, peut-être depuis l'incendie du théâtre Le Globe en juin 1613, il marie sa fille Judith à Thomas Quiney le fils de son ancien "sollicitor".

Sa vie se vide d'évènements et d'oeuvres et ne tient plus pour nous qu'à deux dates : le 25 mars 1616, il paraphe son testament du fameux : "by me, William Shakespeare" léguant ses biens à ses enfants, quelques souvenirs à ses familiers, quelques shillings à ses collègues : James Burbage, John Heminges et Londell, ainsi qu'un malheureux lit : "the second best", à son épouse !

Un mois plus tard exactement, le registre paroissial porte mention de son enterrement. On en déduit qu'il avait dû trépasser deux jours plus tôt, le 23 avril 1616, le jour précis de son 53è anniversaire. Là s'arrêtent les faits et commence la spéculation.

Devant la pauvreté de ces informations et leur caractère assez mesquin, on a contesté l'identité de l'acteur dramaturge, et avancé que, hormis des citations comme celles de John Davies of Hereford ou de Francis Meres, dont la bonne foi aurait été une surprise, aucune preuve n'établit formellement que Shakespeare ait écrit les oeuvres qui lui sont attribuées.

D'où vient donc cette étonnante incertitude ?

Ce sera l'objet de la prochaine suite qui évoquera "Le statut de l'artiste dans l'Angleterre élizabéthaine".

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 16:23

Partie 2 - Qui était réellement William Shakespeare ?

Deux mois avant sa mort survenue le 3 septembre 1592, Robert Greene, poète anglais, écrivait un méchant libelle (pamphlet) : "Quatre liards d'esprit", et exhortait ses confrères à se défier des comédiens, notamment d' "un parvenu, corbeau paré de nos plumes, qui, par son coeur de tigre caché dans la peau d'un acteur, se croit aussi capable que les meilleurs d'entre nous de boursoufler un vers, et, vrai Jean à tout faire, se figure être le seul branle-scène (shake-scene) du pays".

L'invective vise un homme de théâtre, qui, comme un poète prétend écrire en vers. Quel vers ? Le seul cité sort du "Troisième Henry VI" : " O tiger's heart wrapped in a woman's hide" dont le folio de 1623 l'attribuait à un certain Shakespeare. Le calembour est-il intentionnel ? Ainsi la première mention du barde dans l'histoire s'entoure-t-elle déjà de mystère et d'ambiguïté !

Ce Shakespeare est né le 23 avril 1564 à Stratford on Avon in the Warwickshire. Son père John Shakspere (mort en 1601) épousa Mary Arden (catholique, morte en 1608). Ils eurent huit enfants dont plusieurs décédèrent enfants ou très jeunes. Des garçons, ce fut William qui vécut le plus longtemps. Sans doute les enfants furent-ils élevés dans la religion de leur mère. Rien n'assure que le jeune Shakespeare fréquenta la Grammar School ni qu'il fut apprenti-boucher, chantre chez les papistes ou garçon de taverne !

Il faut attendre 18 ans, jusqu'au 27 novembre 1582 pour découvrir une nouvelle trace de son existence. Il se serait marié avec une Anne Hathaway de 7 ou 8 ans son aînée. Mais, certains mystères demeurent sur la question de savoir dans quelle église Shakespeare se serait marié. En effet, les documents qui attestent de son mariage existent toujours mais les noms ne sont malheureusement pas orthographiés correctement. On retrouve ainsi dans un des registres disponibles deux entrées suspectes, la première datée du 27 Novembre et concernant « Wm Shaxpere et Annam Whateley de Temple Grafton », et la seconde datée du 28 Novembre au nom de « William Shagspeare et Anne Hathwey ». Par ailleurs, la fille du couple – Susanna – naquit six mois après, confirmant ainsi qu’Anne était effectivement enceinte lorsqu’elle s’est mariée. On ne pense pas que le mariage fut heureux avec une épouse plus âgée. "La Nuit des Rois" recommande l'inverse. "La mégère (apprivoisée)" veut qu'une demoiselle obéisse à son Seigneur-maître, et "La tempête", qu'elle se marie vierge.

Quand nous le retrouvons sept ans plus tard à Londres, il semble avoir acquis déjà assez de notoriété pour faire indiquer à ses confrères : "corbeau paré de nos plumes" ! (Robert Greene)

On sait peu de choses de ses débuts. Deux hypothèses sont avancées :

- Certains prétendent qu'il aurait quitté sa ville natale pour échapper au juge Thomas Lucy (le futur Sallow des "Joyeuses Commères de Windsor", persécuteur de Falstaff)

- Mais ses placements à Stratford rendent l'hypothèse peu probable. On le peint gravissant un à un les échelons de l'art dramatique : palefrenier, souffleur, acteur, adaptateur, et enfin poète.

Quels que soient ses débuts, en Février 1593, six mois après les injures de Greene, il publie son premier livre chez Richard Field : "Vénus et Adonis" dédié au Troisième Comte de Southampton, Baron de Titchfield. Le 9 mai 1594 chez le même éditeur sort un autre volume : "Le Viol de Lucrèce" dédié à la même personne.

La peste sévissant ferme les théâtres, vide Londres, et il est bien possible qu'à cette occasion, le Comte de Southampton ait accueilli son protégé au château de Titchfield pour y écrire la première pièce signée Shakespeare : "Peines d'amour perdu(es ?)" (Love's Labour's lost). Acteur ou auteur ? Ni sur son jeu ni sur ses rôles, nous ne sommes bien renseignés. Selon John Aubrey (1626 - 1697), érudit et écrivain anglais, surtout connu pour son recueil de courtes biographies (Brief lives) : "il jouait extrêmement bien". Mais Nicolas Rowe (1673 - 1718) qui a donné l'édition des oeuvres de Shakespeare, avoue : "tout ce que j'ai pu savoir, c'est que le sommet de sa carrière fut le rôle du spectre dans Hamlet".

Il déplore sa profession et compare les comédiens à des teinturiers : ce que ceux-ci ont sur les mains, eux l'ont sur l'âme ! La seule troupe où sa présence soit attestée est la fameuse compagnie de James Burbage, patronnée par Lord Chamberlain. Les 26 et 27 décembre 1594, son nom figure dans les comptes de la Maison Royale, pour des représentations données devant la Cour. Il s'y retrouvera d eloin en loin jusqu'à sa retraite.

Deux mois après la mort de son fils Hamnet le 10 octobre 1596, frère jumeau de Judith, nés en 1985, le grand-père le vieux John Shakespeare reçoit enfin licence de porter armoiries avec la devise : "non sans droit". La fortune du fils explique peut-être l'ascension du père. En mai 1597, l'achat d'une somptueuse demeure New Place, consacre en William un propriétaire prévoyant. Les années passent, les biens s'arrondissent. Il achète des actions, un domaine à Stratford-upon-Avon, les dîmes de quatre paroisses, encore des actions et même un immeuble en 1613.. Tout ce qu'il amasse, il le transforme en biens fonciers. La richesse l'obnubile au point de trainer en justice un quidam qui lui doit six livres et un apothicaire qui lui doit 35 shillings ! La mort de son père en 1601 ne trouble guère sa carrière.

La suite à venir en partie 3.

Je sais que nous trouvons tout ce que nous voulons sur internet à l'heure actuelle. Cet exposé date de la fin des années 1960, j'étais encore au lycée et les recherches n'étaient pas aussi aisées et précises. Je me rendais beaucoup à la bibliothèque. Merci de votre indulgence.

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 21:58

Je vous avais promis de publier un exposé sur William Shakespeare qui date des années de lycée (donc de la fin des années 60). Je ne me souviens plus d'où j'avais copié les informations que je vais vous livrer ici. À l'époque, je n'avais pas pensé à relever "mes sources". Vous voudrez bien m'en excuser. Cet exposé sera publié en plusieurs "épisodes" compte tenu de sa longueur.

Partie 1 - L'Angleterre au moment où Shakespeare entre en scène

Elizabeth règne depuis six ans quand William Shakespeare, dont on ne sait avec certitude s'il est l'auteur des oeuvres publiées sous ce nom, nait en 1564. Quand il décède en 1616, Jacques 1er est depuis treize ans sur le trône d'Angleterre [ Jacques Ier (James Stuart ou Stewart ou Seumas Stiubhart en gaélique écossais) (1566-1625), roi d'Angleterre et d'Irlande de 1603 à 1625) ].

Pendant cette période, l'Angleterre, modeste état peu peuplé, assez pauvre, enténébré et mal connu au-dehors, passe au rang de très grande puissance, atteint un degré inouï de prospérité matérielle et allume, dans le domaines des Lettres, des feux éblouissants.

Le trait dominant de l'Angleterre où vit Shakespeare est la coexistence de la brutalité des moeurs avec le raffinement de la culture et aussi son extension. Nombre de courtauds de boutiques, d'artisans, voire de paysans, achètent des livres et les étudient. La traduction de la Bible en "langue vulgaire" a donné aux masses le goût de la lecture ! L'instruction se répand, aussi les petites gens ne sont-ils pas rares qui entendent les allusions historiques et mythologiques. Ainsi s'expliquerait le succès remporté par les pièces shakespeariennes devant un public singulièrement mélangé ! D'une manière générale, le goût est à l'opposé du classicisme.

On a conservé du Moyen-Âge le goût des allégories. Leur symbolisme est encore obscurci par une grande préciosité d'expression. Le style est très tarabiscoté. La mode vestimentaire participe à la truculence générale. Le luxe de l'habillement n'est pas le privilège de la seule aristocratie. Aussi bien les diverses couches de la société anglaise sont-elles moins imperméables les unes aux autres que sur le continent :

a) L'ancienne aristocratie s'est vue en grande partie anéantie par la Guerre des Deux Roses (série de guerres civiles qui ont eu lieu en Angleterre entre la maison royale de Lancastre et la maison royale d'York). Quant à la nouvelle, enrichie par la confiscation des biens des moines, elle n'est ni très hautaine ni très fermée. L'accès à la gentry* est aisé (*nom donné à la bonne société anglaise, et en particulier à la noblesse non titrée qui est de bonne éducation et « a des valeurs »).

b) Au-dessous de classe noble :

- La bourgeoisie : gens de robe longue, chez qui les pièces de Shakespeare trouvent des auditeurs particulièrement avertis.

- Les marchands aisés dont l'ascension est la plus certaine.

- Les moyens propriétaires fonciers qui sont toujours considérés comme "l'épine dorsale du royaume".

c) La grande majorité de la nation qui se compose de la masse aux contours mal définis : des paysans, des artisans, des ouvriers et des gens de la mer.

- Les paysans forment encore les trois-quarts de la population. Dans l'ensemble, ils ne sont pas malheureux. Surtout, la campagne participe à l'allégresse générale de l'époque : le théâtre de Shakespeare est rempli de "ces rustiques, grossiers de manières, mais d'esprit délié et de répartie subtile et prompte".

- Les artisans et les salariés sont nombreux. Pour se faire une idée de leur comportement, il faut encore se reporter à Shakespeare : dans beaucoup de ses oeuvres, il nous rend vivant, sous un déguisement romain ou italien, "ce petit peuple prompt à l'enthousiasme comme à l'abattement et, surtout à Londres, versatile et singulièrement turbulent".

Diverse et bouillonnante, la nation est en même temps profondément religieuse. Les anglais, dans leur ensemble, sont restés de fervents chrétiens.. La très grande majorité accepte la Réforme typiquement britannique qui consiste en une "transaction d'inspiration entre le calvinisme et le catholicisme". Sous le règne d'Elizabeth, les rébellions catholiques sont successivement étouffées, et, quand Jacques 1er accède au trône en 1603, l'Angleterre est sans retour possible acquise à la Réforme. Cependant apparaît l'opposition puritaine contre laquelle Jacques 1er sévira avec brutalité. Il ne réussira qu'à la durcir et à préparer "la révolution politico-religieuse" qui fera tomber la tête de son fils Charles 1er (décapité le 30 janvier 1649). Peut-être le visionnaire Shakespeare a-t-il une prémonition de cette révolution quand il intitule une de ses toutes dernières pièces : "La tempête".

Cependant, il y a une foi qui anime tous les anglais : le patriotisme. À la suite de la dispersion de l'Invincible Armada (défaite du 8 août 1588), on assiste à une véritable explosion de nationalisme. Shakespeare - ses drames historiques en témoignent - n'est pas moins convaincu de la "supériorité de la race". Il dira de l'Angleterre : "Ce nid de cygnes au coeur d'un vaste étang" ! Les anglais sont ivres de fierté et d'orgueil, ce qui semble naturel quand on considère ce que produit le "génie anglais". Ces ivresses, les sujets d'Elizabeth les connaissent toutes : griserie de la puissance, griserie intellectuelle et poétique. Mais après la mort de la reine, elles tendent à se dissiper. Cependant, Shakespeare restera jusqu'au bout "élizabéthain"

Dans la prochaine partie, nous verrons "qui était réellement William Shakespeare".

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 21:02

Je n'avais rien su des évènements tragiques de "vendredi soir" (TV éteinte, ordinateur aussi). Et j'ai bien dormi... Mais le réveil fut brutal samedi matin : en avance sur mon horaire de départ, j'ai été "poussée" à me connecter et j'ai pu lire des publications sur Facebook. J'avoue tristement maintenant que j'ai d'abord cru à un canular, la journée de vendredi 13 novembre s'étant passée sans anicroche... Hélas, il m'a bien fallu me rendre à l'évidence.

J'ai chargé la voiture le coeur lourd, en culpabilisant un peu d'avoir si bien dormi alors que tant de personnes affrontaient cette nuit d'horreur à Paris, et trouvaient la mort pour un grand nombre.

Le trajet pour retrouver ma mère de 90 ans m'a presque paru court tant les pensées tournoyaient dans mon esprit et m'ont accompagnée pendant que je conduisais.


Nous avons toutes les deux regarder TF1 le samedi 14 novembre, de midi à 14 h 30. J'avais fait ses courses le matin en arrivant. J'ai donc profité de sa sieste pour composer un petit texte que vous trouverez ci-après, en hommage aux victimes et à leurs proches.

J'ai composé ce texte sans prétention en ayant une pensée toute particulière pour les familles éplorées et toutes les personnes qui ont perdu un être cher.

Que les blessés survivants à ce massacre puissent se remettre tant physiquement que psychologiquement.

Que les rescapés présents sur les lieux de cette tragédie et témoins de ces atrocités puissent retrouver la paix dans leur coeur et leur esprit.

Je l'ai publié aussi sur Facebook à Lucile Gauchers et sur ma PAGE : Lucile Gauchers Ecriture.

La France endeuillée.
Entendez-vous ces bruyantes clameurs
Provenant des gradins du Stade de France
Où se joue inconscient un match majeur
Entre l'Allemagne et la France ?
Pendant que se déroule l'amicale rencontre
Entre deux nations européennes
Qui mirent fin à la Grande Guerre
En signant l'Armistice du 11 novembre,
Deux jours après cette date anniversaire,
Plusieurs centaines de spectateurs
Réunis dans la joie au Bataclan
Ecoutent avec bonheur un concert.
Soudainement un combat d'un autre genre
Vient semer la mort et la désolation.
Rafales d'armes et fracas d'explosions
Eclatent en plein coeur de Paris,
Ayant pour cibles la salle de spectacle
Et d'autres lieux comme des restaurants
Où, le vendredi soir, ce n'est pas la débâcle
Mais le rassemblement habituel d'étudiants,
D'adeptes du sport et d'amoureux de la musique.
Toute une population parisienne
Se retrouve pour vivre les heures épiques
D'une nouvelle amitié qu'elle a fait sienne.
Un vendredi 13, jour d'incroyable chance
Pour certains et jour de terrible malheur
Pour d'autres, quand, dans l'indifférente balance
Retentissent des rires, mais surtout des pleurs.
Entendez-vous la France endeuillée ?
À Lyon, Samedi 14 novembre 2015.
Lucile Gauchers.

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