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  • : Le blog de LucileG(43)
  • : Lecture et écriture : deux activités complémentaires qui permettent l'évasion et l'expression. L'objectif de ce blog est de faire connaître et de partager nos informations.
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  • Lucile Gauchers
  • Je me suis mise à l'écriture en Juillet 2008. Déjà parus aux éditions EDILIVRE : 
- À la lumière du pardon (2011)
- Destins - Au-delà des apparences (2012)
- Aimer à en perdre la raison (2015)
Ont suivi : En 2016 : Souffles de vies (éd. Abatos)  - La chanson de Karly (collectif LGO) - En 2017 : La dernière à rester et Piégé (auto-édition) - Déviances (éd. Abatos) - Tome 1 de l'album jeunesse : Les découvertes de Colin et de Coline (auto-édition). En mars 2018, le tome 2 : Les découvertes continuent avec Colin et Coline, et prochainement un petit recueil illustré de textes poétiques. Projets immédiats : terminer un roman commencé et les tomes 3 à 5 de l'album jeunesse. Autres projets  : deux romans (l'un en corrélation avec la Dernière à rester, l'autre une fiction historique en Haute-Loire, un troisième tiré d'une histoire). 
Grande lectrice de romans de société et de thrillers psychologiques, j'aime aussi la poésie et la musique.
  • Je me suis mise à l'écriture en Juillet 2008. Déjà parus aux éditions EDILIVRE : - À la lumière du pardon (2011) - Destins - Au-delà des apparences (2012) - Aimer à en perdre la raison (2015) Ont suivi : En 2016 : Souffles de vies (éd. Abatos) - La chanson de Karly (collectif LGO) - En 2017 : La dernière à rester et Piégé (auto-édition) - Déviances (éd. Abatos) - Tome 1 de l'album jeunesse : Les découvertes de Colin et de Coline (auto-édition). En mars 2018, le tome 2 : Les découvertes continuent avec Colin et Coline, et prochainement un petit recueil illustré de textes poétiques. Projets immédiats : terminer un roman commencé et les tomes 3 à 5 de l'album jeunesse. Autres projets : deux romans (l'un en corrélation avec la Dernière à rester, l'autre une fiction historique en Haute-Loire, un troisième tiré d'une histoire). Grande lectrice de romans de société et de thrillers psychologiques, j'aime aussi la poésie et la musique.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 16:14

Comme remède aux grands troubles de l'âme, Montesquieu recommandait la lecture. Lamartine au contraire disait : "Mais la nature est là, qui t'invite et qui t'aime." Quel est celui de ces remèdes que vous choisiriez et pourquoi ? (Sujet de dissertation de français pour le 6 mars 1967, en première)

 

Montesquieu pense que la lecture est un excellent remède aux troubles de l'âme tandis que Lamartine dit :"Mais la nature est là, qui t'invite et qui t'aime." Quel est le meilleur remède ? La nature ou la lecture ?

 

Est-ce que la lecture peut être un remède aux troubles de l'âme ? En ce qui me concerne, tout dépend du livre. D'abord quels seraient ces troubles qui agiteraient notre âme : l'amour, la haine, la mélancolie, le désespoir ? Que sais-je ? D'après mon trouble, je choisirais plus particulièrement tel ou tel livre : le choix de la lecture révèle la personnalité du lecteur. Si je suis amoureuse et que cet amour ne semble pas partagé, j'aurais tendance à lire des romans où tout finit bien, c'est-à-dire par le mariage des amoureux. Si je me sens désespérée, je lirais un livre dans lequel le héros n'a pas de chance et rencontre tous les malheurs possibles. Le sentiment commun de désespoir me lierait à ce personnage, car en lisant toutes les tentatives de se réhausser, de vaincre son désespoir, j'essaierais d'imiter le héros du roman, je tenterais de ne plus être accablée et de m'en sortir.

 

La lecture peut nous révéler les aspects de nous-même. En quoi ? On peut y découvrir ses connaissances, ses sentiments : on peut se voir différent de ce que l'on est réellement ou plutôt de ce que l'on pense être. On peut éprouver de la pitié ou de l'admiration - sentiments presque inconnus auparavant ; on peut découvrir à quel degré on est sensible ou insensible à cause du trouble de son âme. La lecture nous permet aussi de nous identifier au héros comme par exemple l'amoureux incompris qui lit des romans où tout se termine bien : il se met à la place de l'un des personnages et il oublie pour quelque temps son propre chagrin puisqu'il peut se croire aimé de retour ; ou alors, à la suite de sa lecture, il rêve et se voit en personne comblée. Comment le lecteur, dont l'âme est sujette à des troubles, se sent-il s'identifier au héros ? En lisant, il pénètre dans l'atmosphère du livre et arrive à perdre conscience de ce qui l'entoure et de ce qu'il pense ou ressent vraiment, donc il oublie momentanément son trouble, quel que soit le type de lecture : romans, poésie et même pièces de théâtre.

 

La lecture peut donc être parfois un remède à une passion, à un sentiment quelconque qui bouleversent l'âme. L'est-elle toujours ? Pour ma part, elle peut raviver un chagrin ou même l'aggraver en me faisant pleurer, tout dépend de mon état d'esprit du moment. De même, le degré de passion ou de sentiment qui agite l'âme d'un lecteur peut être à un tel point élevé que ce dernier ne s'intéressera plus à rien, comme par exemple il lira quelques lignes et refermera aussitôt le livre (réaction identique devant n'importe quelle autre occupation d'ailleurs). Si malgré tout, le lecteur parvient à poursuivre sa lecture qui l'intéresse, il pourra en dire avec amertume et même dédain que "c'est du roman", que c'est impossible ou que cela ne le lui arrivera jamais. Dans ce cas, la lecture ne peut pas jouer le rôle de remède, elle peut le rendre incrédule, et même accentuer ou déformer son trouble par un sentiment de jalousie car il ira jusqu'à envier le bonheur du héros de son livre.

 

Alors la nature, quel rôle pourrait-elle jouer devant les troubles de l'âme ? Elle pourrait peut-être apporter calme et apaisement par les promenades, le grand air, le soleil, la végétation. Selon les personnes, la nature pourrait être un remède.

 

Pour ma part, quand je ressens par exemple un sentiment de colère (quelle qu'en soit la raison), je sors faire une promenade rapide et même une petite course. Avec l'effort physique et l'essoufflement dans un cadre neutre comme la nature, je parviens bien souvent à me calmer, au moins partiellement. La détente ainsi procurée libère aussi des larmes qui complètent le retour au calme et me fait apprécier mon environnement et même parfois l'inutilité de ma colère. De même, lorsque je me sens triste, j'aime écouter le chant des oiseaux, admirer et sentir les fleurs, regarder l'eau scintiller sous les rayons du soleil, entendre le murmure du feuillage dans les arbres. Je me sens consolée. Oui, comme le dit Lamartine 'la nature est là qui m'invite et qui m'aime'. Mais tout le monde ne peut pas profiter de la nature, en cas d'immobilisation par exemple. Si je suis malade et cloîtrée, si je n'ai pas de livres à lire, que me restera-t-il comme remède aux troubles de l'âme ? Le rêve éveillé, qui, même s'il n'autorise pas de rencontres avec des personnages livresques ou avec la nature, me tiendra lieu de remède en me permettant de me projeter dans l'avenir, de trouver des solutions, de m'imaginer ou de voir les autres autrement.

 

Pour ma part, selon la personnalité et la nature des troubles de l'âme, je trouve trois remèdes aux troubles de l'âme : la lecture, la nature et le rêve. Je n'ai aucune véritable préférence car j'utilise les trois selon "mon trouble".

 

 

Lorsque j'ai relu ce devoir, j'ai souri sur son contenu. Quels troubles majeurs agitent les adolescents, sinon les premiers émois amoureux, le mal être indéfinissable et difficile à exprimer à cet âge-là.

 

Ma note a été honorable, sans plus, avec comme appréciation du prof : "Inégal. Des remarques intéressantes parfois. Mais vous tendez trop à parler pour n'importe qui et pas assez pour votre propre compte"... Effectivement, la question dans le sujet du devoir était : "Quel est celui de ces remèdes que VOUS CHOISIRIEZ et pourquoi ?"

 

Bonne lecture. C'est le cas de le dire (rires !)

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 


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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 13:24

Rousseau, dans les Rêveries, est tout en contradictions. Il revendique la solitude physique et elle finit par devenir, pour cet être aimant et souffrant, une cruelle solitude morale. En fait Rousseau n'a jamais connu cette sérénité qu'il exprime dans certaines promenades des Rêveries. Ce sont plutôt le témoignage de l'échec humain d'un solitaire qui ne peut se passer de ses semblables et de leur affection et qui ne peut pas non plus abandonner ce besoin d'écrire qu'il feint de mépriser.

 

 

La première promenade montre un Rousseau résigné, qui n'attend plus rien de la vie, et s'il écrit, c'est pour lui-même et non pour les autres qui ne l'ont pas compris : "Dès lors je me suis résigné sans réserve et j'ai retrouvé la paix."  Il adopte une politique d'abstention : "tout ce qui m'est extérieur m'est étranger désormais"  et il écrit aussi que "s'abstenir est son unique devoir."  Dans la seconde promenade, une tristesse le pénètre. C'est le thème de l'automne renouvelé, transformé, qui symbolise le moment de transition entre la jeunesse et la vieillesse. Une impression de solitude domine. Le thème de la mélancolie y est aussi traité, le souvenir est une consolation et il se met à la recherche du temps perdu. Rousseau trouve aussi une consolation dans la littérature. Il se plonge dans la lecture dans la troisième promenade. Il embrasse rétrospectivement l'histoire de sa démarche philosophique : "je deviens vieux en apprenant toujours" (Solon). Ici, Rousseau nous apparaît ferme, d'une apparente sérénité ou résignation. Il se croit même à l'abri. Cet état d'esprit se poursuit dans la cinquième promenade ; c'est une période stable pour l'esprit de Rousseau. Et c'est l'apparente vie heureuse de l'Île de Saint-Pierre où il a confiance de pouvoir se suffire à lui-même. C'est une réaction logique de Rousseau devant une humanité qui se refuse à lui. La cinquième promenade marque le point d'aboutissement extrême de l'existentialisme de Rousseau. Il aspire à "jouir de son être". Et dans la mesure où il se rapproche des Mystiques, il se fait son système de valeurs qu'il oppose à celui du monde : à lui l'absolu et le permanent, aux autres le relatif et l'éphémère ! Ainsi Rousseau mêle les principes socratiques à "l'ataraxie" stoïcienne. Dans la huitième promenade, Rousseau se persuade que, même durant ses moments de prospérité où il était aimé des hommes, il n'était pas heureux. C'est une période calme où il affirme qu'il se trouve heureux seul et ne voudrait pas changer de place avec un homme comblé ! Réduit à vivre seul, il veut se suffire à lui-même. Dans la dixième promenade, Rousseau se plonge dans le souvenir de Madame de Warens.

 

Ces promenades montrent un Rousseau qui semble résigné, heureux, serein, aimant la nature et la vie, et "jouissant de son être". Mais ce n'est qu'une image idéale qu'il modèle lui-même. En fait, dans les quatrième, sixième, septième et neuvième promenades, Rousseau nous apparaît tout autre, en plein désarroi, et c'est ce qu'il est effectivement.

 

 

Dans la quatrième promenade, Rousseau médite sur le mensonge ; il démontre qu'il n'a jamais menti. Cette promenade, tout en revirements, trahit un profond désarroi, et Rousseau se demande s'il est aussi facile de se connaître soi-même qu'il l'a cru dans le passé. L'Idéal de Rousseau dans les Rêveries est une sorte de stoïcisme chrétien plutôt qu'un mysticisme. On remarque dans la sixième promenade que l'humanisme de Rousseau est plus rêvé que vécu : il est idéaliste ! Il se plaint amèrement de ce que les hommes aient changé à son égard. Pourquoi se plaint-il puisqu'il dit préférer la solitude ? Finalement, il en vient à se demander si ce n'est pas lui qui a changé : il présente cette question comme une absurdité. Ne serait-ce pas de l'angoisse ? Car le sentiment de l'absurde touche souvent de très près l'angoisse. Rousseau est inquiet, et à force de penser à cet éventuel changement, il perd sa sérénité retrouvée à la cinquième promenade. Il se propose d'être "nul". Dans la septième promenade, il n'a pas cessé de penser aux hommes, à leurs jugements contre lui, et il en arrive à écrire : "c'est me venger de mes persécuteurs à ma manière, je ne saurais les punir plus cruellement que d'être heureux malgré eux". Cette phrase-même trahit qu'il n'est pas heureux, mais qu'il veut montrer aux autres et à lui-même qu'il l'est. Et pour échapper à ces idées démoralisantes, il s'échappe dans le monde de la botanique. Le promeneur solitaire croit avoir renoncé à trouver le bonheur sur cette terre, il se croit résigné à n'avoir plus de rapports avec la société, avec ses semblables, mais la neuvième promenade prouve assez qu'il cherche à se tromper, et, en fait, s'y exprime la frustration des sentiments sociables de Jean-Jacques Rousseau. Au lieu d'être heureux, d'avoir trouvé la paix comme il le prétendait, il se sent frustré. Cette promenade montre le plus les contradictions de Rousseau.

 

 

Pourquoi Rousseau cherche-t-il à admettre et à faire admettre qu'il est heureux dans sa solitude ? Si ce n'est à cause de l'orgueil qui l'anime depuis toujours : le Rousseau hanté par la crainte que l'on puisse le confondre avec les autres hommes, Rousseau plus contradictoire que jamais ! Les Rêveries révèlent un autre homme dans certaines promenades, mais dans les autres il est moins changé dans ses inquiétudes et dans ses vains espoirs qu'il prétend le croire. Rousseau est emprisonné, étouffé par une solitude à la fois voulue et haïe, et par autosuggestion, il essaie de se persuader qu'il a retrouvé la paix, et que le silence hostile des hommes ne peut plus l'atteindre et le faire souffrir.

 

 

J'ai rédigé cette dissertation de lettres à 17 ans 1/2 en classe de terminale. Je n'étais pas toujours régulière en cours de français, car je réagissais beaucoup en fonction de mes "goûts" donc de mes préférences ! J'ai obtenu une bonne note à ce devoir avec la mention A.B. (assez bien). Mon prof. mettait très peu d'appréciations de ce type à l'ensemble de la classe, autant vous dire que lorsque nous obtenions un A.B., nous étions aux anges. Je n'ai jamais eu de B. (bien). Ci-après son appréciation écrite : "Construction du devoir sur une opposition fort acceptable. Des réflexions parfois subtiles".

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 21:50

Jean-Jacques Rousseau s'en prend longuement au Misanthrope, plus par raisons personnelles - ses brouilles avec ses deux plus chers amis Grimm et Diderot -, que par raison littéraire, bien qu'il écrive que c'est le chef d'oeuvre de Molière.


 

Il s'identifie à Alceste et lui prête ses propres ressentiments. Il écrit dans la lettre à d'Alembert que "Alceste est un homme droit, sincère, estimable, un véritable homme de bien qui déteste les moeurs de son siècle et la méchanceté de ses contemporains."


 

Alceste est-il vraiment cet homme-là ? Comme il déteste les maux et les vices de ses semblables, il reproche son manque de franchise à Philinte : Alceste est forcément droit. Il se dit également homme d'honneur et de vertu : aux vers 35 et 36, il dit "Je veux qu'en homme d'honneur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du coeur."  Il a également un coeur sincère : par exemple, son amour pour Célimène est sincère même s'il déplore sa coquetterie, et comme il est juste, il veut demander des explications à Célimène au sujet de ce défaut. Alceste est également franc lorsqu'il donne son opinion sur le sonnet d'Oronte. Il est d'une sincérité implacable : "Je veux qu'on soit sincère." (Vers 35). Il est donc estimable par sa franchise, sa loyauté. D'ailleurs n'aime-t-on pas "que" les gens francs et loyaux au lieu des hypocrites et des menteurs ? Alceste est aussi un véritable homme de bien car il voudrait que tous soient honnêtes et sincères. Il n'aime que ce qui est juste et bon sur la Terre. Il déteste les moeurs de son siècle où la noblesse se faisait poète-amateur et écrivait des sonnets précieux, légers, frivoles qui ne plaisaient pas du tout aux gentilhommes comme Alceste, qui en dit d'ailleurs : "Ce n'est que jeux de mots, qu'affectation pure, Et ce n'est point ainsi que parle la nature. Le méchant goût du siècle, en celà, me fait peur."


 

En écrivant qu'il déteste la méchanceté de ses semblables, Rousseau vise surtout ses anciens amis Grimm et Diderot avec qui il se brouille définitivement en 1757.


 

L'auteur lui donne un personnage ridicule, dit encore Rousseau : le misanthrope de Molière joue un rôle ridicule. En effet, Alceste nous apparaît ridicule dans son exagération. Il est trop catégorique, d'une sincérité trop inflexible. Il n'aime pas les moeurs de son siècle, et pourtant tout citoyen doit s'habituer et s'imposer dans n'importe quelle société malgré ses défauts. Alceste, lui, montre bien qu'il est l'ennemi des ménagements qu'impose la vie de société de son époque : il est contre tout et tous. Les gens pensent que Molière joue la haine des hommes à travers Alceste. Rousseau croit le contraire : le misanthrope n'est pas l'ennemi du genre humain. En s'identifiant à Alceste, Jean-Jacques Rousseau se vise lui-même. En effet comme il veut se retirer dans sa solitude, il veut se persuader qu'il ne hait point les hommes mais qu'il déteste leurs défauts qui les conduisent aux vices. Pourtant lorsque Philinte dit à Alceste "Vous voulez un grand mal à la nature humaine", Alceste répond "Oui, j'ai conçu pour elle une effroyable haine" (Vers 113 et 114), et il ajoute au vers 118 "je hais tous les hommes."


 

Néanmoins, Rousseau ne démord pas de son opinion ; il croit qu'Alceste dit cela sous le coup de l'emportement, qu'il ne le pense pas vraiment et que, dans son for intérieur, il n'éprouve pas une telle aversion envers les hommes : "Il est naturel que cette colère dégénère en emportement et lui fasse dire alors plus qu'il ne pense de sang-froid."  Rousseau ajoute également "qu'un vrai misanthrope est un monstre" qui ferait "horreur", s'il existait. Pour lui, Alceste ne fait absolument pas horreur puisque l'on rit, but que s'est fixé Molière en le faisant jouer un rôle ridicule.



Rousseau dit encore que "s'il n'y avait ni fripons ni flatteurs, il aimerait tout le genre humain". Il est vrai que, misanthrope ou non, on peut éprouver de l'aversion pour certaines personnes antipathiques, et tout gentilhomme sincère, loyal et ayant le sens de l'honneur est misanthrope en son for intérieur lorsqu'il se trouve devant des fripons et des flatteurs. On n'a rien à craindre d'un misanthrope qui est l'ennemi des défauts de la société, tandis que l'on peut s'attendre à tout de "l'ami du genre humain", qui, sous un masque de bonté et de sincérité, cache l'hypocrisie et la méchanceté. En effet, l'ami du genre humain n'ose pas dire sa véritable pensée, il a peur de communiquer ses quatre vérités à quelqu'un, il flatte ses défauts ou ses actions (bonnes ou mauvaises) pour ne pas le perdre. D'ailleurs cet homme-là est souvent l'ami de celui qui l'intéresse à tout point de vue.


 

Rousseau, en prenant prétexte d'analyser le caractère d'Alceste par rapport à la pièce de Molière, cherche à expliquer sa conduite et sa raison de vouloir se retirer dans sa solitude. En s'identifiant à Alceste, il juge à la fois la conduite d'Alceste et la sienne.


 

Commentaire : cette dissertation de français a été rédigée pour le lundi 30 janvier 1967, alors que j'étais âgée de seize ans et demi. Il y a des lourdeurs dans le style, mais ne dit-on pas que l'on s'améliore avec l'âge ? J'ai obtenu une note très honorable avec comme appréciation : "Un développement bien appuyé d'exemples et nettement construit. Des lacunes toutefois : le ridicule d'Alceste n'est pas assez montré et discuté. Molière a-t-il joué la vertu ?"

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 05:04

J'aime lire aussi !... Et le dernier roman que je viens de déguster est celui de Philip Carter :

 

Le secret des glaces

 

 

Âmes trop sensibles, s'abstenir ! Car vous allez frissonner de froid et d'effroi : vous allez voyager d'ouest en est, tous azimuts, et effectuer virtuellement des cascades dignes de l'acteur Jean-Paul Belmondo ; vous allez vous noyer dans des sentiments contradictoires ; vous serez sidéré(es) par la noirceur de l'être humain - là, je ne vous apprends rien - ; mais vous allez envier aussi la profondeur de sentiments amoureux que vous découvrirez petit à petit, tout en ressentant des doutes et des espoirs ; vous allez osciller entre le réel et l'imaginaire, entre le voulu et le subi, entre la vie et la mort...

 

 

Plus vous avancerez dans la lecture de ce roman, plus vous aurez du mal à en sortir. Et si vous parvenez à vivre intensément cette histoire jusqu'au bout, vous n'en ressortirez pas indemnes. Vos pensées repartiront, malgré vous, dans les méandres de cet ouvrage. Vous découvrirez aussi une version très plausible d'un pan de l'histoire américaine, mais chut... 

 

 

Je ne vous cache pas que je suis incapable d'écrire et de décrire ce type d'aventure. Je me cantonne dans ce que je sais faire : le roman intimiste dans lequel j'évoque les pensées et les ressentis de personnages confrontés à des situations très personnelles, qui peuvent se produire dans la vie de chacun. L'imaginaire et la science-fiction, je les lis, je ne les écris pas !

 

Vous voulez vous "évader" - au propre comme au figuré  ? Alors n'attendez pas, ce roman est pour vous.

 



Je vous souhaite un excellent moment de lecture.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 08:29

Vous aimez lire et vous voulez sortir des sentiers battus !

 

 

L'opus 2 de Leitmotive publié par les éditions Jacques Flament vous attend et ne demande qu'à être découvert.

 

 

Découvert, oui ! Car au fil de votre lecture, vous allez aborder - dans une première partie -, treize magnifiques textes traitant de la déportation avec une approche très différente, puis une quinzaine de nouvelles réunies dans la seconde partie, qui vont - pour certaines du moins -, vous étonner.

 

 

Vous étonner, comme je l'ai été ! Et après une première lecture, vous pourrez revenir autant de fois que vous voudrez sur vos récits préférés en déambulant dans le recueil comme dans un dédale de souterrains livrant leurs secrets.

 

 

Certains textes vont vous émouvoir à la limite du supportable ; d'autres vont certainement vous amuser ; d'autres encore vont sans doute vous choquer un peu mais ne vous laisseront pas insensibles ; enfin, certains vous transporteront, et vous voyagerez au gré de votre imagination...

 

 

Vous êtes tenté(e) ? Alors n'attendez pas pour commander ce recueil, pour vous-même ou pour offrir. Allez sur le site de l'éditeur : www.jacquesflament-editions.com

 

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 13:53

Né à Port-au-Prince en 1956, il vit aux USA de 1968 à 1975 avec sa mère divorcée. Issu de la bourgeoisie moyenne aisée par son père - avocat haïtien -, Lyonel Trouillot a libre accès à la bibliothèque paternelle. Ses lectures vont le conditionner. Il se plaît à dire que certains ouvrages l'ont "déniaisé", comme Les raisins de la colère, roman de John Steinbeck paru en 1939, dans lequel il découvre la pauvreté américaine.

 

Lyonel Trouillot est modeste ; en effet, bien qu'il ait à son actif une dizaine de romans, des recueils de poésie et d'essais, il préfère la définition de "citoyen haïtien qui écrit des livres" au "statut ambilieux d'écrivain"  !

 

En septembre 2011 parait La Belle Amour humaine (éd. Actes Sud). C'est à son compatriote Jacques-Stephen Alexis - victime des tontons macoutes (1) en 1961 -, qu'il a emprunté l'expression "la belle amour humaine". L'un des personnages de son récit pose la question "Ai-je fait un bon usage de ma présence au monde ?" et Lyonel Trouillot confirme : "Quand j'oublie la question, la réalité se charge de la poser".

 

Contrairement à Dany Laferrière (auteur rencontré au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo), qui place la littérature au-dessus de tout engagement, le romancier et poète haïtien estime que les intellectuels ont des responsabilités à assumer en dénonçant les injustices et les inégalités. Il porte un regard attentif aux autres, et c'est tout naturellement qu'il participe régulièrement à ce festival des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo.

 

En dehors de la bibliothèque de son père, c'est sa mère - fervente catholique - qui lui a transmis ce qu'il nomme "l'art de la disponibilité"  aux autres.

 

Son enfance a été "marquée par les chuchotements", sous le régime de terreur de Duvalier père. Pourtant, l'étudiant de 19 ans choisit de revenir vivre à Port-au-Prince, un choix politique décisif : "Je suis rentré à l'heure où Duvalier fils érigeait en système l'injustice économique et sociale. Sans parler de l'ouverture d'Haïti aux dérives de la dépendance."

 

La colère l'emporte sur sa douceur habituelle, quand, après le tremblement de terre qui a secoué l'île en 2010, il voit déferler les ONG. Il n'hésite pas à dénoncer cette reconstruction qui ne saurait s'engager "sans la confiance et le respect dus au peuple haïtien." Dans son ouvrage Refonder Haïti ? paru en Janvier 2011 (éd. Mémoires d'encrier), Lyonel Trouillot (avec d'autres intellectuels) a donné ainsi des pistes pour sortir avant tout des préjugés d'origine sociale et raciale.

 

Aujourd'hui, l'écrivain ne cesse d'enseigner la littérature pour une "nécessaire transmission". Il a baptisé du nom de sa mère le centre culturel ouvert récemment à Port-au-Prince, dans le quartier populaire de Delmas, où les enfants pauvres peuvent bénéficier d'une aide aux devoirs et de l'accès à une vaste bibliothèque dotée de 5000 livres.

 

Je terminerai par cette confidence de Lyonel Trouillot : "Comment être heureux quand le malheur est en si bonne santé dans le monde ? Puisque l'autre appartient à la même espèce que moi, je ne peux penser mon équilibre sans un dialogue avec lui."

 

 

Article de Lucile Gauchers, d'après les propos recueillis par Marie Chaudey dans l'hebdomadaire chrétien d'actualité n° 3446 (15 au 21.09.2011)

 

 

 

(1) Nom donné aux membres de la milice paramilitaire de François et Jean-Claude Duvalier - les Volontaires de la Sécurité Nationale (VSN).

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 13:19

Bernadette Puijalon fut, à son époque, l'une des rares étudiantes à s'intéresser au problème de la vieillesse chez l'homme. Trente ans avant la canicule de l'été 2003, elle rédigeait sa thèse d'anthropologie sur l'avancée en âge et la dépendance.

 

Née en 1951, Bernadette Puijalon est donc de ma génération. Pourtant, pendant qu'au même âge, mon intérêt se tournait vers le développement de l'enfant et l'enseignement primaire, elle se penchait sur l'adulte vieillissant. Elle fut une élève de Louis-Vincent Thomas - né le 2o mai 1922 et mort le 22 janvier 1994 -, anthropologue, spécialiste de l'Afrique, et fondateur de la Société française de thanatologie (1).

 

Dès 1977, elle est anthropologue à l'université Paris-Est-Créteil, et donne encore aujourd'hui un cours sur "l'âge". Elle dirige un master pour les professionnels de la gérontologie.

 

Comment Bernadette Puijalon est-elle passée de l'anthropologie au roman ?

 

Elle a tiré ses matériaux des récits recueillis auprès de ses parents et d'amis âgés, dans les maisons de retraite, ainsi qu'au cours de veillées dans sa campagne natale - car Bernadette est issue d'une lignée de paysans auvergnats. Chaque histoire de vie ainsi écoutée est venue alimenter ses polars. Oui, vous avez bien lu ! Bernadette Puijalon écrit aussi des romans policiers. Son principal héros est un vieillard de la fin du XIXème siècle, plein de bon sens, qui résout avec son ami - un jeune paysan venu du Limousin -, des meurtres perpétrés en Auvergne. Elle en profite pour dénoncer l'idée que les vieux étaient mieux traités avant : "C'est faux ! Il y avait cohabitation, mais pas spontanément harmonieuse. Les relations privées et publiques entre les générations ont toujours été conflictuelles."

 

Pour Bernadette Puijalon, "Vieillir, c'est devenir moins étranger à soi-même." Elle affirme d'ailleurs : "En racontant la façon dont ils ont traversé l'existence, les gens donnent eux-mêmes du sens à leur vie et avancent en intériorité. [...]"

 

Bernadette Puijalon n'aime pas l'expression bien vieillir. Pour elle, "Bien vieillir, c'est ne pas vieillir ! Et ceux qui ne vieillissent pas bien, qu'est-ce qu'on en fait ?"

 

Quand elle rencontre Edgar Morin (2), ce dernier a alors soixante-dix ans. Il lui a dit une très belle chose : que "chacun porte en soi l'ensemble de tous les âges : le meilleur du petit garçon qu'on a été, du jeune homme, du père de famille, puis du vieillard qu'on est devenu." Cette définition a marqué Bernadette Puijalon au point de la faire adhérer à cette pensée : "J'aime cette idée d'un dialogue entre nos personnages intérieurs, l'enfant, l'adulte, et le vieux que nous serons un jour."

 

Pour moi, je pense que la peur de vieillir - qu'elle soit consciente ou non -, est ancrée en chacun de nous. Sachons l'apprivoiser... pour pouvoir profiter pleinement du moment présent, quel que soit notre âge !

 

Article de Lucile Gauchers d'après les propos recueillis par Dominique Fonlupt pour l'hebdomadaire chrétien d'actualité La Vie [n° 3448 du 29/09 au 05/10/2011]

 

(1) Thanatologie : science de la mort par l'étude des signes, des conditions, des causes et de la nature de la mort. De Thanatos (myth. gr.) Dieu de la Mort, fils de la nuit (Nyx) et frère d'Hypnos.

(2) De son vrai nom Edgar Nahoum né à Paris le 8 juillet 1921, sociologue et philosophe français.

 

Bibliographie de Bernadette Puijalon :

Un essai Le droit de vieillir écrit avec Jacqueline Trincaz, anthropologue et sociologue.

[éditions Fayard - Février 2000]

Un autre essai à venir La vie et je suis vieux.

Ses romans policiers :

L'Oeil du vivier [éd. Tisserand Gérard - Décembre 2001]

Le Moulin des retrouvailles [éd. Tisserand Gérard - Octobre 2002] Prix du roman d'Auvergne

Un parfum de gentiane [éd. Tisserand Gérard - Octobre 2004]

L'heure de l'alouette [éd. De Borée - Mai 2006]

Des monts de tempête [éd. De Borée - Octobre 2008]

Le loup d'Orcival [éd. De Borée - Mai 2011]

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 15:22

Bellevue-La Montagne, le 7 août 2011

 

Dans ce magnifique cadre de la Haute-Loire, je suis allée faire un petit tour au salon du livre reçu dans la salle polyvalente, qui accueillait aussi des peintures, des photographies, des sculptures et un atelier de généalogie. D'autres expositions étaient aussi proposées aux visiteurs : dentelle, tapis à histoires, diaporama de cartes postales.


Des activités diverses avaient été organisées ; à l'école, des ateliers-découvertes : papier à la colle, origami, enluminure et mosaïque, ainsi que deux spectacles au presbytère : "La fileuse de mots" ( le petit théâtre de Danièle Nicolas) et "Mon copain Gargantua" (Conte gigantesque).

 

Cette manifestation culturelle initiée par l'association "Lecture au château" a bénéficié de nombreux partenariats : la commune de Bellevue, l'office de tourisme des Portes d'Auvergne, le conseil général de la Haute-Loire, la bibliothèque départementale de la Haute-Loire, la librairie Nuggets, des éditeurs (éditions Jeanne d'Arc, éditions du Roure), des journaux et magazines : L'éveil de la Haute-Loire, La Montagne, La Tribune, Renouveau, Sortir, Strada La vie d'ici, jusqu'à Radio Craponne et l'association "Lire et Faire Lire".

 

La majorité des écrivains venaient du département de la Haute-Loire, mais quelques uns des Alpes Maritimes, de la Loire, du Puy-de-Dôme, du Rhône, de la Savoie, de la Seine et Marne et même de Paris. Elise Fischer, quant à elle, venait de Lorraine et était l'invitée d'honneur.

 

J'ai pu revoir Marie Garnier, auteure de Le Nid des papillons  et de Je suis vendeur mais je me soigne (Editions Baudelaire - Lyon). Je tiens à souligner la présence de Pascal Budinek qui illustre par de très beaux dessins, les histoires pour enfants écrites par son épouse : Les mésaventures de Sautenette (sur le thème de la solidarité) et De délicats petits cochons (sur le thème de la différence).

 

Cette fois, j'étais du côté des visiteurs et non des exposants ! Encore des livres acquis - le dernier de Marie Garnier, et ceux de M. et Mme Budinek pour mes petits-enfants.

 


 


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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 15:47
Courrier des éditions Jacques Flament :
"UN TRAIN BONDÉ…
Beau succès pour ce deuxième opus de Leitmotive : 119 textes reçus contre 65 pour l'opus 1. 
C'est dire si la sélection sera de nouveau sévère, seulement 20 textes étant retenus pour le recueil. 
Par avance, nous rappelons à ceux qui n'auront pas été sélectionnés, que tout choix, dans ce genre de concours, est toujours subjectif (même s'il vise à être le plus impartial possible) et ne prétend aucunement être le reflet fidèle de la qualité des textes en concurrence.
Un grand nombre de ces textes traitent de déportation (comme il fallait s'y attendre avec les phrases initiales) mais pas mal d'auteurs ont pris des voies (ferrées !) différentes et parfois totalement inattendues.
Sélection définitive vers le premier août 2011 dont nous vous tiendrons informé au plus tôt, bien évidemment.
Très cordialement.


Et voilà, le résultat du concours de nouvelles est connu depuis hier !

Au lieu de sélectionner vingt textes, les éditions Jacques Flament ont décidé d'en faire paraître vingt-huit : treize sur le thème de la déportation et quinze nouvelles concernant les trains, puisque le thème des deux premières phrases évoquait  un trajet (ou voyage) effectué dans un train bondé.

 

Mon texte que j'ai intitulé Un voyage mouvementé - donc qui ne traitait pas de la déportation -, n'a pas été classé dans les quinze premières nouvelles. Il est vrai que je l'ai écrite en utilisant un ton humoristique. Quoi qu'il en soit, et au risque de me répéter, participer à des concours est un excellent exercice, le plus important étant de donner le meilleur de soi et de s'améliorer sans cesse. 

 

Je joins un extrait du courriel reçu le 31 juillet :

 

"À sujet exceptionnel, réponse exceptionnelle.
Nous ne nous attendions pas à une telle quantité de textes traitant de la déportation, sujet sensible, douloureux, toujours très présent dans la mémoire collective.
Et même s'il fallut faire un choix très sélectif, nous avons estimé que certains d'entre eux ne pouvaient décidément pas finir dans les archives de JFE.
Ainsi, nous avons décidé que 13 des textes concernant ce seul sujet seraient publiés.
Encore ne fallait-il pas pour autant défavoriser ceux qui avaient choisi d'autres voies !
Et nous avons donc pris le parti de modifier légèrement la règle officieusement définie en publiant 28 textes au lieu des 20 textes prévus initialement, présentés en deux parties distinctes afin d'éviter les amalgames malvenus avec un sujet aussi délicat : 13 textes dans une première partie réservée à la déportation au sens large du terme, 15 textes pour les autres sujets, qui ne sont pas pour autant moins dignes d'intérêt.

.../...


Une nouvelle fois, un choix difficile qui, bien entendu, ravira certains et décevra d'autres, mais c'était la règle du jeu et un peu moins d'un quart des textes envoyés figureront dans le recueil collectif.
Vous trouverez ci-dessous la liste de ces vingt-nouvelles et le nom de leurs auteur(e)s.
Nous contacterons très prochainement, par courrier électronique, les auteur(e)s sélectionnés afin de leur soumettre le bon à tirer de leur texte et le contrat d'édition s'y rapportant, qu'ils devront impérativement nous retourner avant le premier septembre."
.../...


Ci-après ma nouvelle, comme promis :

 

Un voyage mouvementé  

  

  

Fatigués de lutter contre les forces d’inertie, nous roulions soudés vers la nuit, subissant l’odeur aigre des corps entremêlés. Le bruit sourd et saccadé de l’acier sur les rails étouffait les soupirs. 

  

En rase campagne, le train s’arrêta pour la énième fois, ce qui me tira de ma somnolence. Que se passait-il encore ? Aucune explication, rien. Quelques regards se croisèrent, interrogateurs, mais personne n’avait de réponse. Après un temps qui me parut interminable, le wagon s’ébranla de nouveau, nous laissant perplexes, du moins ceux qui étaient à présent totalement réveillés.  

  

Le long weekend de Noël s’annonçait vraiment mal ! Comment en étions-nous arrivés là... ? 

  

Le train que j’avais pris en fin de matinée était bondé depuis que les voyageurs d’un autre corail, resté en rade en raison d’une panne survenue en fin d’après-midi, avaient grimpé dans le nôtre, avec « armes et bagages », afin de poursuivre leur voyage. L’information nous avait été communiquée directement par ces usagers malchanceux des chemins de fer. En effet, cette vénérable institution qu’est la Société nationale des chemins de fer restait, comme bien souvent, étrangement muette face à nos questions pourtant légitimes. Un arrêt impromptu dans une gare – ce qui me contraria fort, car j’avais veillé à prendre un train direct -, avait alors permis à cette marée humaine d’envahir notre espace roulant, déjà restreint. 

  

Mon voyage, qui s’annonçait si plaisant au départ, avait viré au cauchemar ! Dès la montée de cette horde de voyageurs – pressés, comme la plupart d’entre nous, d’arriver à destination, et à temps, pour passer les fêtes en famille –, toutes les émotions possibles et imaginables s’exprimèrent dans une cacophonie assourdissante. Des pleurs de bébés perturbés ; des chamailleries d’enfants surexcités ; des gronderies de parents excédés ; des jérémiades à n’en plus finir ; des soupirs de résignation ; et parfois, ô miracle, des éclats de rire, rires nerveux néanmoins, car il n’y avait vraiment rien de risible dans leur situation !

 

Le train avait pris beaucoup de retard, à double titre. Outre le temps nécessaire passé dans la gare pour permettre le transfert des « sinistrés », auquel s’était ajoutée l’attente du nouveau départ, la locomotive avait dû, pour une obscure raison, réduire considérablement sa vitesse. Aussi, au lieu de gagner vers vingt-trois heures notre destination finale, nous allions sûrement passer une bonne partie de la nuit dans ce train. Je n’osais imaginer la réaction de nos proches, qui, le regard rivé sur le tableau des horaires d’arrivée, devaient recevoir l’information avec incrédulité !

 

Quelle ironie ! Moi, qui fut si heureux d’avoir encore pu attraper au vol ce train direct, muni d’un roman policier que je m’étais fait une joie de dévorer pendant le trajet. C’était fichu à présent ! Le polar attendrait...

 

Entassés comme nous l’étions, la promiscuité s’était avérée, au fil des heures, de plus en plus insupportable. Des odeurs corporelles diverses venaient chatouiller désagréablement nos narines : mélange d’eaux de toilette et de lotions après-rasage qui avaient viré ; odeurs d’aisselles en nage, de pieds échappés de leurs chaussures, de couches de bébés souillées, d’haleine fétides ou chargées des relents du dernier repas, sans compter les effluves de victuailles diverses, sorties des sacs en début de soirée. C’était écœurant !

 

Et que dire des conditions physiques ! Le moindre mouvement relevait de l’exploit. Les postérieurs s’ankylosaient, écrasés sur les sièges inconfortables ; des fourmillements s’infiltraient dans nos membres inférieurs ; le plus petit changement de posture dérangeait grandement les voisins les plus proches, qui, eux aussi, tentaient d’adopter une nouvelle position un peu plus confortable, en tirant de leur torpeur ceux qui parvenaient à se résigner. De temps en temps, des quintes de toux venaient s’ajouter aux bruissements des étoffes et des frottements, rompant par moments furtifs le silence pesant qui s’instaurait progressivement.

 

Pendant combien de temps encore allions-nous supporter stoïquement ce cortège d’odeurs nauséabondes, de bruits discordants et d’inconfort physique ?

 

Au tout début, quelques voyageurs avaient pris les choses avec dérision. À un moment donné, j’entendis une voix clamer tout haut : « Les voyages forment la jeunesse ! »  La réponse qui s’ensuivit ne se fit pas attendre : « Alors, je suis en pleine formation ! », et provoqua l’hilarité des passagers les plus proches. Elle émanait d’une jeune étudiante dont l’humour ne s’était pas encore émoussé !

 

D’autres, au contraire, fulminèrent contre la Société des chemins de fer et répétèrent, à qui voulut l’entendre, qu’elle aurait dû s’assurer, en cette période de fin d’année et de forte affluence, du bon fonctionnement de tous ses trains.

 

Les contrôleurs, débordés, n’avaient cessé de se déplacer, tant bien que mal, de voiture en voiture, enjambant les bagages amoncelés ici et là, subissant la mauvaise humeur des uns, les interrogations dubitatives des autres, et devenant rapidement l’exutoire de notre exaspération croissante face à ce désastreux voyage.

 

Un peu de calme mit fin à toute cette agitation, quand, harassés, nous nous étions enfin endormis, certains serrés comme des harengs sur les banquettes, d’autres plus ou moins avachis à même le sol et utilisant leur sac de voyage comme polochon. Pour ma part, je somnolais par intermittence, coincé contre la paroi du wagon, et regrettant amèrement d’avoir voulu faire l’économie d’un billet de première classe, les conditions de voyage devaient y être certainement moins pénibles !

 

Le train roulait dans la nuit, chargé de sa cargaison de corps de tous gabarits.

 

De temps en temps, il déversait sur les quais d’une gare quelques voyageurs parmi ceux qui avaient été débarqués du corail en panne, à la satisfaction générale. Lors de l’annonce du premier arrêt, nous avions été fort surpris, nous, les passagers du train direct, qui pensions naïvement nous rendre tous à la même destination et devoir supporter pendant tout le trajet restant ces déplorables conditions de transport, tels des bestiaux soudés les uns aux autres. Fort judicieusement, les départs des gares desservies avaient été annulés, et, sur le quai, le tableau en drapeau affichait, à mon grand soulagement, la mention « train supprimé ».

 

Une effervescence, similaire à celle de la montée désordonnée et précipitée dans le train, s’emparait des gens qui devaient descendre. Des interpellations, des cris, des bagages qui nous heurtaient au passage, s’ajoutaient au grincement des freins sur les rails et aux lumières aveuglantes des gares, et interrompaient régulièrement notre sommeil déjà très agité, nous laissant complètement hagards. Après le coup de sifflet du chef de gare – qui s’était auparavant assuré, longuement et avec un zèle exemplaire, que plus personne ne descendait –, le train se remettait à rouler, cahin-caha, et la nuit nous happait une nouvelle fois, nous replongeant dans un autre cycle de sommeil que chacun espérait réparateur.

 

Vers cinq heures du matin, le train parvint enfin à son terminus. Son arrêt grinçant nous arracha définitivement à notre repos, devenu, il est vrai,  plus agréable au fil des gares desservies.

 

Les derniers voyageurs, débraillés, aux vêtements froissés et pleins de sueur, aux yeux rougis par le manque de sommeil, aux cheveux hirsutes, rassemblèrent leurs bagages avec une lassitude teintée de soulagement. Certains comptèrent leur progéniture – de peur qu’il en manquât ! Beaucoup se précipitèrent vers les cabines téléphoniques pour prévenir leurs proches de leur arrivée, ce qui provoqua une belle cohue et laissa éberlués les quelques employés déjà présents dans la gare en ce début de matinée.

 

Les contrôleurs, qui avaient passé la nuit dans des conditions peu enviables également, étaient tout aussi déconfits et fourbus. Rêvaient-ils au retour au bercail ? Regrettaient-ils leur ancien boulot ? Maudissaient-ils eux aussi ces pannes de train qui les privaient de toutes ces heures précieuses qu’ils auraient dû passer chez eux ?

 

Cessant là mes divagations, je pris congé de mes compagnons d’infortune. Je me dirigeai à grands pas vers la sortie afin de regagner au plus vite la demeure familiale, en priant le ciel que les chauffeurs de taxis ne fissent pas grève ce jour-là, ce qui eût été le comble après cette mémorable nuit passée dans le train.

 

 

Auteure : Lucile Gauchers

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 08:45

J'ai le plaisir de vous faire connaître que j'ai participé au concours organisé par les éditions Jacques Flament.

 

Depuis cette année, cet éditeur organise chaque trimestre un concours de nouvelles afin de publier un recueil regroupant les vingt premiers textes, choisis par un comité de lecture. Les deux premières phrases sont imposées. La nouvelle, inédite, doit respecter le thème proposé. Vous trouverez ci-après le courriel reçu récemment  :

 

"UN TRAIN BONDÉ…

Beau succès pour ce deuxième opus de Leitmotive : 119 textes reçus contre 65 pour l'opus 1. 
C'est dire si la sélection sera de nouveau sévère, seulement 20 textes étant retenus pour le recueil. 
Par avance, nous rappelons à ceux qui n'auront pas été sélectionnés, que tout choix, dans ce genre de concours, est toujours subjectif (même s'il vise à être le plus impartial possible) et ne prétend aucunement être le reflet fidèle de la qualité des textes en concurrence.
Un grand nombre de ces textes traitent de déportation (comme il fallait s'y attendre avec les phrases initiales) mais pas mal d'auteurs ont pris des voies (ferrées !) différentes et parfois totalement inattendues.

Sélection définitive vers le premier août 2011 dont nous vous tiendrons informé au plus tôt, bien évidemment.

Très cordialement."


Le plus important étant de concourir, je ne serai pas vraiment déçue si mon texte n'est pas sélectionné parmi les vingt premiers. En effet, participer à ce "genre d'exercice" permet un bon entraînement, rédactionnel d'une part, mais surtout imaginaire, en partant de phrases imposées et en laissant libre cours à l'inspiration.
Quel que soit le résultat, je ne manquerai pas de vous le faire savoir. Non sélectionné parmi les vingt premiers, mon texte figurera dans mon blog. Promis.
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